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  • Tendinopathie du moyen fessier

    1) Bursite trochantérienne ou tendinopathie du moyen fessier ? Les douleurs situées sur le côté externe de la hanche sont fréquentes et peuvent concerner aussi bien les personnes actives que celles qui pratiquent peu d’activité physique. Elles peuvent apparaître progressivement ou survenir à la suite d'une augmentation soudaine des efforts physiques. Elles peuvent devenir très invalidantes au quotidien. Pendant longtemps, ces douleurs ont été attribuées à l’inflammation d’une bourse séreuse située sur le côté externe de la hanche. Cette petite poche remplie de liquide, qui facilite le glissement des tissus entre eux, se trouve au voisinage du grand trochanter, une saillie osseuse située sur la partie supérieure et externe du fémur (l’os de la cuisse). C’est de là que vient le terme de « bursite trochantérienne ». Source de l'image : Kinevir (plateforme de kinésithérapie) Aujourd’hui, nous savons que ces douleurs sont le plus souvent liées à une atteinte des tendons des muscles fessiers, en particulier celui du moyen fessier. Cette affection est appelée tendinopathie du moyen fessier et s’inscrit dans le syndrome douloureux du grand trochanter, qui regroupe différentes causes de douleurs situées sur la face externe de la hanche. 2) Les muscles fessiers : de quoi parle-t-on exactement ? Quand on parle des muscles fessiers, on désigne surtout les 3 muscles “glutéaux” (en arrière et sur le côté de la hanche) : grand fessier (gluteus maximus), moyen fessier (gluteus medius), petit fessier (gluteus minimus). Le muscle moyen fessier se situe sur la face externe (latérale) du bassin entre le grand fessier (le plus superficiel et le plus volumineux) et le petit fessier (le plus profond). Ces trois muscles jouent un rôle important dans la stabilité de l'articulation coxo-fémorale (la hanche) ainsi que dans la fluidité des mouvements de la jambe. Les os du bassin Sur le plan anatomique, Le moyen fessier s’attache sur la partie haute (face externe) de l'os iliaque (l'un des os principaux du bassin) et se termine par un tendon qui s'attache sur une bosse osseuse au sommet du fémur (l'os de la cuisse) : le grand trochanter. Cette zone d’insertion est particulièrement sollicitée au cours des mouvements de la vie quotidienne. Source de l'image : Wikipédia : Le grand glutéal en jaune, le moyen glutéal en bleu et le petit glutéal en rouge Zoom sur le muscle moyen fessier (moyen glutéal). Le moyen fessier participe à l’abduction de la hanche, c’est-à-dire au mouvement qui consiste à écarter la jambe vers l'extérieur. Il contribue également à maintenir la hanche et le genou dans un bon alignement et participe aux mouvements de rotation de la hanche. Mais son rôle principal est de stabiliser le bassin lors de l’appui sur une seule jambe (appui unipodal). Concrètement, lorsque le pied gauche quitte le sol, le moyen fessier droit se contracte pour éviter que le bassin ne s’abaisse du côté gauche et inversement lorsque le pied droit quitte le sol, le moyen fessier gauche se contracte pour maintenir votre bassin à l'horizontale. Le moyen fessier est donc sollicité dans de nombreuses activités nécessitant un appui unipodal, comme la marche, la course à pied, la montée des escaliers ou simplement se tenir debout sur une jambe. Une atteinte de ce muscle ou de son tendon peut donc modifier la répartition des contraintes autour de la hanche et influencer le fonctionnement du membre inférieur (le genou et la cheville devant compenser). 3) Pourquoi le tendon du moyen fessier devient-il douloureux ? Un tendon sain possède des propriétés élastiques et est capable de supporter des contraintes importantes, à condition que celles-ci augmentent progressivement et restent dans sa capacité d’adaptation. La douleur apparaît quand les sollicitations auxquelles il est soumis dépassent, de manière répétée ou trop importante, sa capacité d’adaptation. Plusieurs situations peuvent favoriser ce dépassement de capacité d'adaptation : Une augmentation trop rapide ou inhabituelle de la charge physique, par exemple : lors de la reprise de la course à pied après une période d’arrêt. en augmentant brutalement la distance ou l’intensité des entraînements. lors d’une randonnée plus longue ou plus exigeante que d’habitude, notamment avec un dénivelé inhabituel. du fait d'un changement d’activité professionnelle qui sollicite davantage la hanche. Dans ces cas, le tendon du moyen fessier n’a tout simplement pas eu le temps de s’adapter à la nouvelle charge de travail. Un affaiblissement progressif des muscles stabilisateurs de hanche. Avec l’âge, la sédentarité ou la présence de douleurs chroniques qui limitent l’activité, les muscles stabilisateur de hanche perdent en force ou en endurance. Le tendon du moyen fessier est davantage sollicité pour participer à cette stabilisation et peut à terme s’irriter. Une compression répétée du tendon du moyen fessier. Outre la traction, le tendon du moyen fessier est également soumis à des contraintes de compression venant le plaquer contre le grand trochanter (la saillie osseuse sur le côté de la hanche). Certaines positions maintenues pendant une durée prolongée aggravent cette compression. C’est notamment le cas quand : on dort régulièrement sur le côté atteint sans soutien. on reste longtemps assis les jambes croisées (cela met le tendon en tension maximale autour de l'os). on maintien certaines positions de hanche pendant une longue durée (par exemple, conduire longtemps). Ces positions ne posent pas de problème chez une personne sans douleur. En revanche, elles peuvent entretenir ou aggraver la douleur si le tendon est déjà fragilisé. 4) Quels sont les symptômes de la tendinopathie du moyen fessier ? La tendinopathie du moyen fessier présente généralement un tableau clinique caractéristique. La douleur se manifeste principalement sur la face externe de la hanche, au niveau du grand trochanter, mais son intensité et son étendue peuvent varier fortement d'une personne à l'autre. Certains patients décrivent une gêne légère après un effort, tandis que d'autres présentent une douleur persistante, susceptible de limiter certaines activités quotidiennes. Les symptômes fréquemment rapportés comprennent : une douleur à la pression ou à la palpation de la région du grand trochanter (relief osseux latéral de la hanche). une douleur en position allongée sur le côté atteint (par compression directe) ou sur le côté opposé (par étirement du tendon). une douleur lors des phases d’appui sur une seule jambe (appui unipodal). Une douleur parfois diffuse, pouvant s’étendre sur la face externe de la cuisse, parfois jusqu'au genou. Une sensation de brûlure, d’élancement ou de forte tension sur le côté de la hanche. 5) Qui est concerné par la tendinopathie du moyen fessier ? Les femmes autour de la ménopause sont particulièrement concernées. Les études montrent en effet que les changements hormonaux de la période péri-ménopausique fragilisent les tendons et les rendent moins résistants aux contraintes. Cependant cette pathologie peut toucher tout le monde notamment les sportifs qui pratiquent des sports avec des changements fréquents d'appui. Cela inclut : les coureurs à pied. les randonneurs. les pratiquants de sports collectifs comme le volley-ball, le handball, le basket-ball où les changements de direction et les sauts sont fréquents. L'essentiel à retenir, est que la tendinopathie du moyen fessier dépend principalement du rapport de force entre ce que l'on demande au tendon du moyen fessier et ce qu'il est capable de supporter. 6) Diagnostic de la tendinite du moyen fessier. Dans de nombreux cas, l’examen clinique suffit à poser le diagnostic de tendinopathie du moyen fessier. L'objectif du clinicien est double : confirmer que la douleur provient bien du tendon. écarter d’autres causes possibles de douleur de hanche (problème lombaire, atteinte de l’articulation de la hanche, ou cause musculaire). L’interrogatoire médical. Lors de la consultation, le professionnel de santé cherche notamment à savoir : comment la douleur est apparue : brutalement ou progressivement ? quelles activités ou quels mouvements la déclenchent (marche, sport, positions prolongées, etc.). quelles positions l’aggravent ou la soulagent (couché sur le côté, assis jambes croisées, etc.). depuis combien de temps elle est présente (quelques jours, semaines, mois) et comment elle a évolué. quel est son retentissement sur la vie quotidienne. Cette étape est essentielle car une anomalie observée à l’imagerie peut être présente sans provoquer de douleur. À l’inverse, une douleur importante peut exister malgré des images peu marquées. L'image ne fait pas le diagnostic : c'est l'histoire du patient et son examen clinique qui priment. L'examen clinique. Après l'interrogatoire, le praticien réalise quelques tests physiques spécifiques. Concrètement, il peut demander au patient : de se tenir debout sur une jambe, pour observer la stabilité du bassin et la reproduction éventuelle de la douleur. de pousser la jambe contre une résistance (exercée par le praticien), pour évaluer la force et la tolérance des muscles abducteurs de hanche. de laisser le praticien palper la zone du grand trochanter, afin de vérifier si cela reproduit la douleur habituelle. de marcher quelques mètres, afin d’observer sa démarche et de rechercher d’éventuelles adaptations, comme une boiterie ou une bascule du bassin. Voici une démonstration des tests cliniques des tendons glutéaux, présentée en 2018 lors de la 5ᵉ Journée Médecine & Chirurgie du centre orthopédique SANTY Source : Med'Score – L’Observatoire des tendances Santé Sport La place de l'imagerie médicale. L'imagerie n'est pas systématique. Elle est indiqué si : la douleur persiste malgré un traitement bien conduit pendant plusieurs semaines. le diagnostic reste incertain après l’examen clinique. une lésion tendineuse importante (comme une rupture partielle) est suspectée. Deux types d’examens peuvent notamment être réalisés : l'échographie : qui permet de visualiser un épaississement ou une modification de la structure du tendon, une éventuelle inflammation des tissus autour notamment d’une bourse séreuse. l’IRM (imagerie par résonance magnétique) de hanche : qui donne une image très détaillée des tissus mous. Elle est particulièrement utile si l'on soupçonne une fissure ou une rupture partielle du tendon. Il est important de rappeler que la présence d’anomalies à l’imagerie ne signifie pas automatiquement qu’elles sont responsables de la douleur. C’est la cohérence entre l’interrogatoire, l’examen clinique et l’imagerie qui permet d’affiner le diagnostic. 7) Comment traite-t-on la tendinopathie du moyen fessier ? La prise en charge moderne ne préconise pas le repos complet. Un tendon immobilisé s'affaiblit et le tendon a besoin de stimulation pour se renforcer. L’objectif est de trouver un équilibre entre protection du tendon et augmentation progressive des sollicitations du tendon. Le renforcement musculaire : traitement de référence. Les exercices occupent une place centrale dans la prise en charge. Ils sont adaptés au niveau de douleur du patient et évoluent progressivement en fonction de la tolérance du tendon. Ils peuvent notamment comprendre : des exercices musculaires adaptés à la tolérance du tendon : le tendon est peu sollicité, avec une douleur contrôlée et acceptable (ex : contractions sans mouvement). des exercices contre résistance (élastique, poids) pour renforcer le muscle. des exercices en appui sur une jambe : pour solliciter le moyen fessier dans sa fonction de stabilisation du bassin. une reprise progressive des activités physiques et sportives. La progression doit être régulière, sans augmentation durable de la douleur ni aggravation nette des symptômes le lendemain. L'adaptation des activités quotidiennes Au début de la prise en charge, lorsque certaines activités aggravent nettement les symptômes, une réduction temporaire de ces sollicitations peut être utile. Il est conseillé : d’espacer les longues marches et d’éviter les parcours à fort dénivelé. d’éviter les mouvements qui déclenchent systématiquement une douleur importante (comme s'accroupir ou croiser les jambes). Pour le sommeil en position latérale : de placer un coussin épais entre les genoux pour éviter que la jambe supérieure ne tombe en adduction, réduisant ainsi la compression sur le grand trochanter. En revanche, maintenir une activité physique légère et non douloureuse (comme la marche sur terrain plat, le vélo en position confortable, ou la natation) est généralement préférable à un arrêt complet. Les traitements complémentaires Dans certaines situations, notamment lorsque la douleur est très importante et limite la réalisation des exercices, des traitements médicamenteux (antalgiques ou anti-inflammatoires non stéroïdiens) ou des infiltrations (dérivés cortisoniques) peuvent être proposés par un médecin. Cependant, ces traitements ne remplacent pas le travail progressif de réadaptation visant à permettre au tendon de mieux supporter les contraintes. La chirurgie reste exceptionnelle et réservée aux ruptures avérées du tendon ou aux échecs complets d'un traitement conservateur bien conduit pendant plus de 6 à 12 mois. 8) Quelle place pour l’ostéopathie dans la prise en charge de la tendinopathie du moyen fessier ? Aucune technique manuelle ne peut « réparer » directement le tendon. L’ostéopathie peut s’intégrer à une prise en charge globale du patient en complément d’un traitement actif basé sur des exercices d’adaptation progressive aux contraintes. Elle va alors jouer un rôle de facilitateur, notamment pour réduire temporairement certaines douleurs ou améliorer la mobilité, sans se substituer aux exercices. L’ostéopathe va rechercher les facteurs susceptibles d’influencer les mouvements de la hanche et du membre inférieur comme par exemple : une diminution de mobilité de la hanche ou du bassin (arthrose, raideur). des tensions musculaires associées (fessiers, rotateurs, adducteurs, etc.). des stratégies de compensation lors de la marche ou des mouvements quotidiens (bassin qui bascule, appui déséquilibré, etc.). des contraintes liées aux habitudes professionnelles ou sportives (postures au travail, gestes répétitifs, etc.). Les techniques utilisées par l'ostéopathe auront pour objectif : d’améliorer la mobilité de la hanche, du bassin, de la colonne lombaire et de l'ensemble du membre inférieur (genou, cheville) pour harmoniser la répartition des contraintes. de diminuer les tensions musculaires ou fasciales associées : relâchement des hypertonies de compensation (muscles tenseur du fascia lata, piriforme, quadriceps) pouvant aggraver les tractions sur la zone trochantérienne. d’accompagner le patient dans une reprise progressive d'activité plus confortable. L'approche la plus pertinente est donc une prise en charge pluridisciplinaire : le patient sous le contrôle de son médecin suit un programme de renforcement musculaire avec un kinésithérapeute, et l'ostéopathe l'accompagne en travaillant sur les facteurs mécaniques associés. 9) Combien de temps faut-il pour récupérer ? La durée de guérison d’une tendinopathie du moyen fessier varie d’une personne à l’autre. Elle dépend notamment : de l'ancienneté de la douleur : une tendinopathie récente (quelques semaines) guérit souvent plus vite qu'une douleur installée depuis des mois ou des années. du degré d'atteinte de la structure du tendon. de la régularité du patient dans la réalisation des exercices personnalisés. du niveau de contraintes (professionnelles, sportives) quotidiennes qui sollicitent la hanche. de la qualité de l’adaptation des charges dans la vie quotidienne. De manière générale : La cicatrisation et l’adaptation du tissu tendineux (remodelage du collagène) sont des processus biologiques lents. Il est donc normal que l’amélioration ne soit pas immédiate. Lorsqu'elle est prise en charge précocement, une tendinopathie peut néanmoins commencer à s’améliorer en quelques semaines. En revanche, les formes évoluées ou chroniques (installées depuis plusieurs mois) nécessitent souvent un délai de récupération plus long, pouvant s’étendre sur plusieurs mois. La trajectoire de guérison est rarement linéaire. Des périodes d’amélioration peuvent alterner avec des poussées douloureuses ponctuelle notamment lors de l'augmentation des charges d'entraînement. C’est un phénomène classique et attendu qui nécessite simplement un ajustement temporaire des contraintes, et non l'arrêt du processus de rééducation. Une réévaluation médicale ou kinésithérapeutique est indiquée en cas d’aggravation persistante, de perte de force importante ou d’absence d’amélioration malgré une prise en charge correctement suivie. 10) En résumé : une pathologie fréquente mais guérissable dans la majorité des cas. La tendinopathie du moyen fessier est une cause fréquente de douleur sur la face externe de la hanche. Elle traduit principalement une difficulté du tendon du moyen fessier à supporter les contraintes qu'on lui impose. Le pilier central du traitement repose sur un équilibre entre une protection temporaire du tendon et une stimulation progressive du tendon. Au côté du médecin et du kinésithérapeute, l'ostéopathie trouve sa place dans cette prise en charge en travaillant notamment sur la mobilité du bassin et du membre inférieur ainsi que sur les tensions musculaires associées aux douleurs de hanche. 11) Sources de l'article La Clinique Du Coureur - KMag : article publié en 2026 (Vol. 16, n° 1, Numéro 61). Auteur : Blaise Dubois. La tendinopathie du moyen fessier Journal de physiothérapie orthopédique et sportive : Article paru en novembre 2015 (vol. 45 No 11). Auteurs : Alison Grimaldi, Angela Fearon. Gluteal Tendinopathy: Integrating Pathomechanics and Clinical Features in Its Management. (Tendinopathie glutéale : intégration de la pathomécanique et des caractéristiques cliniques dans sa prise en charge.) The BMJ (anciennement British Medical Journal) : Article publié en mai 2018. Auteurs : Mellor R, Bennell K, Grimaldi A, et al. Education plus exercise versus corticosteroid injection use versus a wait and see approach on global outcome and pain from gluteal tendinopathy: prospective, single blinded, randomised clinical trial. (Éducation et exercices versus injections de corticostéroïdes versus attitude attentiste sur l’évolution globale et la douleur liées à la tendinopathie glutéale : essai clinique prospectif, randomisé, en simple aveugle). American Family Physician : Article paru en janvier 2021 (Vol 103, No 2). Auteur Rachel Chamberlain. Hip Pain in Adults: Evaluation and Differential Diagnosis. (Douleurs à la hanche chez l'adulte : évaluation et diagnostic différentiel). Orthopaedic Journal of Sports Medicine : Article publié en juillet 2021 (Vol 9, No 7). Auteurs : Andreas Ladurner, Jane Fitzpatrick, John M. O'Donnell. Treatment of Gluteal Tendinopathy: A Systematic Review and Stage-Adjusted Treatment Recommendation. (Traitement de la tendinopathie glutéale : revue systématique et recommandations thérapeutiques adaptées au stade). Scientific Reports : Article publié en février 2024 (Vol 14, No 3343). Auteurs : Thaisy Thuany Patricio Cordeiro, Emannuel Alcides Bezerra Rocha, Rodrigo Scattone Silva. Effects of exercise-based interventions on gluteal tendinopathy. Systematic review with meta-analysis. (Effets des interventions basées sur l’exercice sur la tendinopathie fessierale. Revue systématique avec méta-analyse). Current Treatment Options in Rheumatology : Article publié en août 2023 (Vol 9) . Auteurs : Romain Guemara, Michael John Nissen. The Greater Trochanteric Pain Syndrome: Clinical Presentation, Diagnosis, and Management. (Syndrome douloureux du grand trochanter : présentation clinique, diagnostic et prise en charge).

  • Pubalgie de grossesse : comprendre la douleur au pubis chez la femme enceinte.

    1) La pubalgie de grossesse : une douleur fréquente chez la femme enceinte. La grossesse est une période de bouleversements physiologiques et mécaniques pour le corps de la femme. Au fil des mois, l’augmentation de la taille de l’utérus, les changements hormonaux et les modifications de la posture permettent au corps de s’adapter à la croissance du bébé et de se préparer à l’accouchement. Ces transformations, bien que normales, peuvent parfois s’accompagner de douleurs. Parmi ces douleurs, celle ressentie à l'avant du bassin, au niveau du pubis, constitue un motif fréquent de consultation chez les patientes enceintes. Chez certaines femmes, elle reste modérée et passagère, mais dans certains cas, elle devient si intense qu’elle perturbe les activités du quotidien et peut être source d’inquiétude. Comprendre les mécanismes de la pubalgie de grossesse, connaître ses manifestations et les différentes possibilités de prise en charge permet généralement d'en limiter les conséquences sur la qualité de vie. 2) Qu’est-ce que la pubalgie de grossesse ? Le terme « pubalgie » désigne une douleur située à l'avant du bassin au niveau de la symphyse pubienne. Sur le plan anatomique, la symphyse pubienne est l’articulation située entre les deux os du pubis. Elle est composée d'un disque de fibrocartilage renforcé par de nombreux ligaments qui contribuent à la stabilité du bassin tout en permettant de légers mouvements (traction, compression, cisaillements, bâillement et torsion). Les os du bassin Au cours de la grossesse, cette région subit plusieurs modifications : Une augmentation progressive du poids de l'utérus et du bébé, qui accroît la pression exercée sur le bassin. Une modification du centre de gravité et de la posture qui entraîne une répartition différente des charges entre le rachis, le bassin et les membres inférieurs. Une augmentation de la souplesse des ligaments (hyperlaxité ligamentaire), sous l’influence des modifications hormonales de la grossesse, qui contribue à préparer le bassin à l'accouchement. Ces adaptations sont normales et nécessaires pour permettre au corps de s’adapter à la grossesse et à l’accouchement. Dans la plupart des cas, elles se mettent en place progressivement sans provoquer de douleur. Toutefois, chez certaines femmes, les contraintes deviennent trop importantes par rapport aux capacités d'adaptation des articulations, des ligaments et des muscles du bassin, ce qui peut entraîner l'apparition de douleurs. 3) Pourquoi ces douleurs apparaissent-elles pendant la grossesse ? La douleur ressentie au niveau du pubis pendant la grossesse n'a généralement pas une cause unique. Elle résulte de modifications hormonales, de réorganisations posturales et de contraintes biomécaniques qui modifient progressivement le fonctionnement du bassin. 3.1 L'impact de la relaxine sur le bassin. Pendant la grossesse, l'organisme produit différentes hormones qui permettent au corps de s'adapter au développement du bébé et de se préparer à l’accouchement. Parmi elles, la relaxine est notamment impliquée dans l'augmentation progressive de la souplesse des ligaments en particulier au niveau du bassin (on parle d’hyperlaxité ligamentaire). Cette hyperlaxité ligamentaire facilite les mouvements du bassin et contribue à préparer le bassin au passage du bébé lors de l'accouchement. Cependant, l'augmentation de mobilité articulaire qui en résulte peut modifier la manière dont les contraintes sont réparties au niveau du bassin. De plus, les muscles stabilisateurs doivent fournir un effort supplémentaire pour maintenir la stabilité des articulations pelviennes. Chez certaines femmes, lorsque ces mécanismes d'adaptation sont dépassés, des douleurs peuvent apparaître. L’apparition de symptômes dépend de facteurs multiples, propres à chaque patiente (morphologie, condition physique, antécédents, capacité individuelle du système neuromusculaire à compenser la laxité articulaire...). 3.2 Le déplacement du centre de gravité. Source de la vidéo : Benjamin Brochet kinésithérapeute et ostéopathe à Chambéry (@BenjaminBrochet) Au fil des mois de grossesse, le centre de gravité du corps se déplace progressivement vers l’avant à cause de la prise de volume de l’abdomen. Pour maintenir son équilibre et éviter la chute, la femme enceinte adapte naturellement sa posture et sa façon de se déplacer : Le bassin se positionne différemment, en basculant généralement vers l’avant (antéversion pelvienne). La colonne vertébrale s’ajuste en conséquence, avec une augmentation de la lordose lombaire (cambrure du bas du dos). La façon de marcher change (élargissement du pas en écartant les pieds, ce qui crée une démarche légèrement dandinante). Les muscles stabilisateurs du bassin (muscles abdominaux transverses, plancher pelvien et fessiers) sont sollicités différemment. Ces modifications sont normales lors de la grossesse. Cependant, chez certaines femmes ce nouveau mode de fonctionnement peut accentuer les pressions sur certaines zones fragiles du bassin, comme la symphyse pubienne, surtout si les muscles stabilisateurs n'arrivent pas à suivre et sont pas bien coordonnés. 3.3 L’augmentation des contraintes mécaniques lors des mouvements du quotidien. Le bassin joue un rôle essentiel dans la transmission des forces entre le haut et le bas du corps. À ce titre, il est sollicité lors de nombreux gestes quotidiens et pendant la grossesse, certains mouvements quotidiens peuvent solliciter excessivement les articulations pelviennes et déclencher ou aggraver une douleur. Parmi eux : Les phases d'appui sur une seule jambe (marche, montée ou descente d’escaliers, enfiler un pantalon debout). Les mouvements de torsion ou de cisaillement (changement de position dans le lit). L’écartement des jambes (entrée/sortie de voiture). Lorsque ces forces dépassent le seuil de tolérance mécanique de la symphyse pubienne ou que les muscles stabilisateurs ne compensent plus suffisamment, l'inflammation et la douleur apparaissent. 4) Quels sont les signes cliniques de la pubalgie de grossesse ? Les symptômes de la pubalgie de grossesse varient d’une femme à l’autre. Certaines femmes enceintes ressentent une gêne légère et passagère au niveau du bassin, tandis que d’autres décrivent une douleur marquée et handicapante au quotidien. Les manifestations les plus courantes sont les suivantes : 4.1 Une douleur localisée au niveau du pubis. La sensation douloureuse se manifeste principalement au centre du bassin, juste au-dessus de l'os pubien. Elle peut s'exprimer sous différentes formes : Une sensation de tension ou de tiraillement. Une douleur vive lors des mises en charge. Une impression passagère de blocage articulaire. Plus rarement, une sensation d'instabilité, de manque de cohésion des os du pubis ("séparation"), bien que dans la majorité des cas, la symphyse pubienne conserve son intégrité structurelle. 4.2 Une douleur déclenchée par certains mouvements. La douleur apparaît ou s'intensifie souvent lors des mouvements qui sollicitent le bassin de manière asymétrique ou augmentent les contraintes exercées sur la symphyse pubienne. Les situations les plus fréquemment rapportées sont : Les activités en appui d'un seul côté : Monter ou descendre des escaliers, enfiler un pantalon debout ou marcher sur de longues distances. Les mouvements d'abduction (écartement des jambes, notamment pour entrer ou sortir d'un véhicule) ; Les mouvements de rotation du tronc notamment lors du passage de la position couchée sur le dos à la position sur le côté. 4.3 Une douleur qui limite les activités quotidiennes. Lorsque la pubalgie est sévère, elle peut avoir un retentissement significatif sur la qualité de vie. Elle peut notamment rendre plus difficiles : Les déplacements quotidiens (difficulté à marcher). Le maintien de l'activité professionnelle (surtout si elle implique de rester debout ou de porter des charges). La qualité du sommeil (il est difficile de trouver une position confortable). La pratique d'une activité physique adaptée à la grossesse (pourtant bénéfique). Cet impact sur les activités du quotidien est un élément essentiel à prendre en compte pour évaluer la gravité de la pubalgie et adapter la prise en charge. 5) Comment se diagnostique une pubalgie de grossesse .? Le diagnostic de la pubalgie de grossesse et des douleurs de la ceinture pelvienne est avant tout un diagnostic clinique. Cela signifie qu'il repose principalement sur l'échange avec la patiente et sur l'observation. Concrètement, il s'appuie sur : Un interrogatoire précis : localisation précise de la douleur, intensité. L'analyse des circonstances d'apparition de la douleur : début progressif ou brutal, relation avec l’avancement de la grossesse, antécédents de douleurs pelviennes ou orthopédiques. L'identification des mouvements déclencheurs : quels gestes provoquent la douleur. Un examen physique adapté à la grossesse : inspection et palpation de la région pubienne, tests de mise en charge et de mobilité du bassin réalisés en respectant le confort de la patiente. Dans la majorité des cas, les examens d’imagerie (échographie, radiographie ou IRM) ne sont pas nécessaires. Ils peuvent être demandés si les douleurs sont atypiques, très intenses ou lorsqu'une autre cause est suspectée. 6) Les douleurs de la ceinture pelvienne liées à la grossesse (PGP). Aujourd’hui, les professionnels de santé utilisent davantage le terme de « douleurs de la ceinture pelvienne liées à la grossesse » (en anglais « Pregnancy-related Pelvic Girdle Pain ou PGP) plutôt que celui de pubalgie, car la douleur pendant la grossesse peut concerner l’ensemble de l’anneau pelvien et pas uniquement la symphyse pubienne. Le PGP correspond à une douleur d’origine musculo-squelettique qui peut siéger au niveau : de la symphyse pubienne en avant du bassin. des articulations sacro-iliaques à l’arrière du bassin : Les modifications de la posture et la diminution de la stabilité de ces articulations, liée à l'hyperlaxité ligamentaire de la grossesse, augmentent les contraintes exercées sur cette région. De la région lombaire basse : la grossesse en modifiant le centre de gravité et la courbure lombaire, peut majorer les contraintes sur la charnière lombo-sacrée. La douleur peut s’accompagner d’irradiations vers l’aine ou la face interne des cuisses, et certains muscles stabilisateurs (dont les adducteurs qui s'insèrent sur les branches pubiennes) peuvent devenir douloureux par sur-sollicitation lorsque la ceinture pelvienne est insuffisamment stabilisée. La pubalgie de grossesse est donc une forme particulière de douleur de la ceinture pelvienne, dont les symptômes sont principalement localisés au niveau de la symphyse pubienne. 7) Quelles autres causes peuvent expliquer une douleur au bassin pendant la grossesse ? Mise en tension des ligaments ronds lors de la grossesse Même si la douleur pubienne pendant la grossesse est souvent liée aux adaptations mécaniques du bassin, il est important de rester attentif à d’autres causes possibles car une douleur pelvienne pendant la grossesse peut aussi être liée à : Une douleur ligamentaire : notamment la mise en tension des ligaments ronds qui soutiennent l’utérus. Une irritation d'un nerf : la douleur peut varier selon le nerf atteint. Elle peut être ressentie au niveau du périnée (nerf pudendal), du bas-ventre ou de l'aine (nerfs ilio-inguinal et ilio-hypogastrique), de la face interne de la cuisse (nerf obturateur) ou de la fesse avec une irradiation vers l'arrière de la cuisse, parfois jusqu'à la jambe (nerf sciatique). Une infection urinaire dont les symptômes peuvent parfois se manifester par des douleurs pelviennes. Plus rarement, une affection gynécologique ou obstétricale (menace d’accouchement prématuré, ...). L'examen clinique permet généralement de faire la différence entre les douleurs de type PGP et ces diagnostics différentiels. 8) Les signes d'alerte (drapeaux rouges) Une consultation médicale en urgence est nécessaire si la douleur s'accompagne de l'un des signes suivants : Une survenue brutale de douleur particulièrement intense et bloquante. Un contexte fébrile (fièvre ou frissons). Des pertes de sang par les voies génitales. La présence de contractions utérines régulières et douloureuses. Des douleurs abdominales diffuses ou inhabituelles. Une diminution ou absence des mouvements du bébé. L’objectif est de distinguer une douleur mécanique bénigne liée à la grossesse d’une situation potentiellement grave ou requérant une prise en charge spécifique. 9) Comment soulager une pubalgie pendant la grossesse ? La prise en charge des douleurs de la ceinture pelvienne repose sur une stratégie conservatrice combinant l'adaptation des gestes quotidiens, le maintien d'une activité physique adaptée et un accompagnement pluridisciplinaire (médecin, sage femme, kinésithérapeute, ostéopathe). L'objectif est de diminuer les douleurs, de préserver la mobilité et de permettre à la future mère de poursuivre ses activités quotidiennes dans les meilleures conditions possibles. 9.1 Adapter les mouvements du quotidien. Il ne s’agit pas d’éviter tous les mouvements, mais d'identifier ceux qui déclenchent ou aggravent les douleurs afin de les réaliser différemment. Certains ajustements simples peuvent améliorer le confort : Pour sortir du lit ou d’une voiture et limiter le cisaillement pelvien : Se tourner en bloc (tronc, bassin et jambes) et déplacer les deux jambes simultanément, en évitant de les écarter. Éviter de porter des charges lourdes ou répartir le poids en les deux côtés. Alterner les positions : ne pas rester trop longtemps assise, debout ou allongée dans la même posture pour ne pas fatiguer les muscles stabilisateurs. Limiter les mouvements asymétriques prolongés, comme rester longtemps en appui sur une seule jambe. 9.2 Maintenir une activité physique adaptée. Le repos complet est généralement déconseillé. Une immobilisation prolongée peut favoriser une diminution de la force musculaire, augmenter la raideur articulaire et être à l’origine d’une appréhension progressive des mouvements. L’activité physique pendant la grossesse est bénéfique, à condition d’être adaptée à l’état de la femme enceinte. Chez les femmes présentant une douleur de la ceinture pelvienne, un programme individualisé peut contribuer à : Maintenir la mobilité articulaire de la colonne et du bassin ; Renforcer les muscles qui participent à la stabilité du bassin (abdominaux, plancher pelvien, fessier) ; Améliorer la confiance de la future maman dans sa capacité à se mouvoir sans douleur. Ces exercices, à adapter selon l'intensité des symptômes et le stade de la grossesse, sont à pratiquer idéalement sous la supervision d'un professionnel de la périnatalité, kinésithérapeute ou ostéopathe spécialisé. 10) Quelle place pour l’ostéopathie dans la prise en charge de la pubalgie de grossesse ? Les études sur les thérapies manuelles (dont l’ostéopathie) concernent surtout les douleurs lombo-pelviennes pendant la grossesse sans distinguer précisément les douleurs de la symphyse pubienne. Elles suggèrent un intérêt potentiel pour réduire la douleur et améliorer la capacité fonctionnelle, mais les résultats restent hétérogènes et le niveau de preuve demeure limité. L'ostéopathie peut être une approche complémentaire intéressante, à condition de bien comprendre son rôle. Elle ne se substitue pas au suivi médical, à la sage-femme ou à la kinésithérapie, mais peut s'inscrire dans une démarche globale d'accompagnement visant à optimiser le confort de la patiente. L'ostéopathe ne va pas « remettre en place » une articulation ou corriger une position du bassin. Il évalue l'ensemble du corps pour identifier et réduire les contraintes mécaniques susceptibles de participer aux douleurs. Lors d'une consultation, il s'intéressera notamment à : à la mobilité des différentes régions du bassin. aux adaptations de la colonne vertébrale liées à la grossesse. aux tensions musculaires pouvant influencer le confort. aux contraintes provoquées par les changements posturaux liés à la grossesse. aux habitudes de vie et aux mouvements qui déclenchent les douleurs. 11) Conseils pratiques pour soulager les douleurs de pubalgie pendant la grossesse. Des adaptations ergonomiques simples permettent de réduire les sollicitations douloureuses au quotidien : Pour dormir : Placer un coussin entre les genoux pour maintenir l'alignement du bassin. Éviter les changements de position brusques et se retourner en gardant les jambes rapprochées. Utiliser les bras pour accompagner le retournement du corps plutôt que de faire pivoter le bassin seul. Pour marcher : Adapter les distances parcourues en fonction de la douleur. Éviter de forcer si la marche devient douloureuse. Choisir des chaussures confortables avec un bon soutien et une semelle stable (éviter les talons hauts ou les semelles trop souples). Pour les gestes quotidiens : S'asseoir pour enfiler un pantalon ou des chaussures plutôt que de rester en équilibre sur une jambe. Répartir les charges entre les deux côtés du corps (portez deux petits sacs plutôt qu’un gros). Demander de l’aide pour les tâches qui deviennent difficiles. Ces adaptations permettent souvent de réduire les contraintes répétées sur le bassin. 12) Après l’accouchement que devient la douleur ? Dans la majorité des cas, les douleurs de la ceinture pelvienne liées à la grossesse diminuent progressivement après l’accouchement. La régression des symptômes s’observe dans les semaines suivant l’accouchement, sous l'effet conjugué de la délivrance utérine, de la normalisation progressive de la laxité ligamentaire et de la baisse des contraintes mécaniques. En cas de persistance des douleurs au-delà du trimestre post-partum, une réévaluation médicale et une prise en charge ciblée en kinésithérapie permettent d'accompagner la récupération fonctionnelle. 13) Conclusion. La pubalgie de grossesse est une manifestation fréquente des adaptations biomécaniques, posturales et hormonales propres à la maternité. Bien qu'elle puisse être particulièrement invalidante au quotidien, elle évolue le plus souvent favorablement avec une prise en charge pluridisciplinaire adaptée. Une question revient souvent : "Est-ce que je risque d'en souffrir à nouveau lors d'une prochaine grossesse ?" La réponse est : "Pas nécessairement". Avoir souffert d’une pubalgie pendant une grossesse n'implique pas qu’elle se reproduira systématiquement lors des grossesses suivantes. Chaque grossesse est unique. 14) Sources de l'article National Institute for Health and Care Excellence (NICE) : recommandation clinique publiée en aout 2021 Antenatal care - Management of pelvic girdle pain in pregnancy Prise en charge des douleurs de la ceinture pelvienne pendant la grossesse Medicine : Article publié en septembre 2016. Auteurs : Helen Hall ... The effectiveness of complementary manual therapies for pregnancy-related back and pelvic pain. A systematic review with meta-analysis L'efficacité des thérapies manuelles complémentaires pour les douleurs dorsales et pelviennes liées à la grossesse. Une revue systématique avec méta-analyse NHS (National Health Service) : Article mis à jour en décembre 2022 Pelvic pain in pregnancy (Douleurs pelviennes pendant la grossesse) CHU de Quebec – université Laval : Article paru en 2020 Recommandations pour les femmes alitées en grossesse à risque élevé Pan African Medical Journal : Article paru en septembre 2013. Auteurs : Mehdi Kehila et al La symphysite pubienne du post-partum: un diagnostic difficile Cochrane Library : Article mis à jour en septembre 2015 . Auteurs : Sarah D. Liddle et Victoria Pennick Interventions for preventing and treating low-back and pelvic pain during pregnancy (Review) Interventions pour la prévention et le traitement des douleurs lombaires et pelviennes pendant la grossesse

  • Ostéopathie et rugby : prévenir les blessures et optimiser la récupération

    1) Rugby : un sport exigeant qui expose à de nombreuses blessures Le rugby pratiqué par plus de 8,4 millions de joueurs dans le monde fait partie des sports collectifs les plus éprouvants pour l'organisme. Les phases de jeu alternant collisions répétées (plaquages, mêlées), efforts dynamiques (accélérations brutales, sprints) et changements brusque de direction, imposent des contraintes mécaniques importantes à l’ensemble du système musculo-squelettique. Ces sollicitations, répétées semaine après semaine, tout au long de la saison explique en grande partie pourquoi rugby est un sport à haut risque de blessures. Pour préserver l'intégrité physique et prolonger la carrière des joueurs, une prévention active, un suivi médical rigoureux et une stratégie de récupération adaptée sont indispensables. Dans ce contexte, intégrée à une prise en charge pluridisciplinaire aux côtés du médecin du sport, du kinésithérapeute et du préparateur physique, l'ostéopathie peut participer à l'accompagnement du rugbyman, de la prévention jusqu'au retour à la pratique après une blessure. 2) Les types de rugby et spécificités de chaque discipline Quand on évoque le rugby, on pense le plus souvent au rugby à XV, la discipline la plus médiatisée. Pourtant, plusieurs formes de pratique existent. Si elles partagent les mêmes principes fondamentaux, elles diffèrent par le nombre de joueurs, le rythme de jeu, l'intensité des efforts physiques et le niveau de contact entre joueurs. Ces spécificités influencent directement les contraintes exercées sur l'organisme ainsi que le risque de blessure. Comprendre ces différences est essentiel pour adapter la prévention et le suivi médical des joueurs. Le rugby à XV : puissance, endurance et impacts répétés C'est la forme la plus pratiquée et la plus médiatisée au monde. Elle oppose deux équipes de quinze joueurs durant 80 minutes sur un terrain de 100 mètres de long maximum. Cette discipline exige une combinaison rare de qualités physiques : puissance pour les plaquages et les mêlées, endurance pour tenir toute la rencontre, vitesse pour réussir les percées et profiter des espaces et intelligence de jeu pour la stratégie collective. Les contacts sont fréquents et parfois intenses notamment lors des plaquages, des mêlées et des phases de regroupements (Ruck et Maul) générant d'importantes contraintes mécaniques sur les articulations, les muscles et les tissus. C'est la discipline qui a fait l'objet du plus grand nombre d'études médicales et scientifiques en raison de son taux élevé de blessures. Le rugby à VII : l'épreuve de la vitesse et de l'explosivité Devenu discipline olympique en 2016, le rugby à VII oppose deux équipes de sept joueurs sur un terrain de mêmes dimensions que celui du rugby à XV. Avec moins de joueurs pour une surface identique, les espaces sont plus importants et le jeu devient plus rapide et explosif. Ici, les muscles, les tendons et les articulations sont sollicités à l'extrême par des sprints répétés, des décélérations brutales et des changements de direction fulgurants. Cette nature du jeu explique un paradoxe : malgré un temps de jeu total par joueur souvent inférieur à celui du rugby à XV, le taux de blessures pour 1 000 heures de pratique est plus élevé. Le rugby à XIII : Moins de contacts, mais un rythme soutenu Le rugby à XIII se caractérise par des règles favorisant un jeu fluide et sans temps mort. Les phases de regroupement statique, comme les mêlées, sont moins nombreuses qu'en rugby à XV, ce qui maintient un rythme de jeu très soutenu. Les blessures observées sont proches de celles du rugby à XV, avec une prédominance des traumatismes liés aux collisions et aux plaquages. C'est la fatigue accumulée due à la continuité des efforts qui augmente le risque de lésions à moyen terme. Le rugby à toucher et le rugby à V : la motricité sans l'impact Axées sur l'évitement et la vitesse de réaction, ces deux disciplines suppriment l'un des éléments les plus traumatisants du rugby : le plaquage. Sans contacts violents, ces disciplines limitent les blessures, mais conservent l’essentiel : équilibre, coordination, motricité et stratégie de jeu. Elles permettent une pratique accessible à tous les âges et à tous les niveaux. Elles connaissent un essor important dans les écoles et le sport de loisir. 3) Pourquoi le rugby expose-t-il à autant de blessures ? Une bonne vidéo vaut mille explications : plongeons au cœur des situations à risque. Statistiques des blessures au rugby Une méta-analyse internationale publiée en 2025, synthèse de 148 études et représentant plus de 8,3 millions d'heures de pratique et 96 506 blessures recensées, apporte un éclairage scientifique chiffré sur cette vulnérabilité. Les chercheurs ont mesuré l’incidence moyenne des blessures pour 1 000 heures de jeu : 19,9 blessures en rugby à XV ; 24,3 blessures en rugby à XIII ; 71,6 blessures en rugby à VII (la discipline la plus traumatique par unité de temps). L'étude révèle également que les blessures surviennent beaucoup plus fréquemment en compétition qu'à l'entraînement : En moyenne, on recense 48 blessures pour 1 000 heures de match, contre seulement 1,9 blessures pour 1 000 heures d'entraînement. Le risque de blessure est ainsi 25 fois plus élevé lors des matchs. Facteurs de risque D'un point de vue biomécanique et postural, le rugby cumule plusieurs facteurs de risque qui expliquent ce fort taux de blessures : Les contacts physiques répétés : plaquages, collisions en mêlée, impacts lors des regroupements. Les accélérations et décélérations brutales mettant à l'épreuve l'équilibre. Les changements rapides de direction : pivots, esquives, appuis asymétriques qui sollicitent fortement les articulations. Les contraintes articulaires importantes : genoux, hanches, épaules et chevilles encaissent des forces considérables. La fatigue musculaire accumulée au fil de la saison, qui altère la précision des mouvements et induit des compensations posturales, augmentant le risque de fausses positions et de blessures par surcharge. Le cumul de tous ces facteurs sollicite fortement les capacités d’adaptation du système musculo-squelettique et neuromusculaire, ce qui favorise la survenue de blessures. Cartographie des blessures les plus fréquentes Source des données : Fédération Française de Rugby Certaines régions du corps sont particulièrement exposées aux blessures. Les membres inférieurs, l'épaule et la tête concentrent la majorité des blessures en rugby. Les blessures des membres inférieurs Les membres inférieurs sont particulièrement sollicités dans les phases de course, de changement de direction et de réception après les sauts. Les blessures les plus fréquemment rencontrées sont : Des entorses de la cheville Des lésions des ménisques ou la rupture du ligament croisé antérieur (LCA) au genou ; Des tendinopathies (notamment au niveau du tendon rotulien et du tendon d'Achille) ; Des lésions musculaires touchant les ischio-jambiers, les quadriceps, les adducteurs ou les mollets. Ces atteintes peuvent entraîner une indisponibilité prolongée parfois de plusieurs semaines à plusieurs mois et nécessitent une prise en charge pluridisciplinaire (médecin, kinésithérapeute, ostéopathe/posturologue). Les blessures de l'épaule L'épaule est particulièrement exposée lors des plaquages et des chutes. Les blessures les plus fréquentes incluent : Les luxations de l’épaule (luxations gléno-humérales) : la tête de l'humérus sort de la cavité de l'omoplate lors d'un impact violent. Les entorses acromio-claviculaires : la clavicule et l'omoplate sont séparées par l'arrachement des ligaments qui les relient. Les lésions de la coiffe des rotateurs (les muscles stabilisateurs de l'épaule) : ces muscles profonds de l'épaule, responsables de la rotation et de la stabilisation, peuvent être déchirés par un plaquage mal négocié. Les fractures de la clavicule : un impact direct sur l'épaule ou une chute sur le bras tendu peut briser cette articulation fragile. Chez le joueur de haut niveau, l'épaule est une cause fréquente d’intervention chirurgicale avec des temps de récupération souvent longs. Les commotions cérébrales Ces dernières années, les commotions cérébrales font l’objet d’une attention particulière dans le rugby. La commotion cérébrale est une blessure invisible mais grave, touchant directement le système nerveux central et perturbant immédiatement le contrôle postural. Elle survient le plus souvent lors : Des plaquages où la tête du joueur heurte le sol ou le corps de l'adversaire. Des collisions entre joueurs lors des remises en touche ou des courses avec le ballon. Des chutes (après un saut ou un déséquilibre) avec impact de la tête contre le sol ou un adversaire. Les symptômes peuvent apparaître immédiatement ou dans les heures qui suivent le traumatisme. Ils comprennent notamment : des maux de tête. des vertiges. des troubles de l'équilibre. des difficultés de concentration. des troubles de la mémoire. une sensation de confusion ou de ralentissement. Aujourd'hui, les protocoles médicaux sont stricts : dès qu'une commotion cérébrale est suspectée, le joueur doit être immédiatement retiré du terrain. Par mesure de sécurité, même s'il se sent rapidement mieux, il ne peut pas reprendre le jeu le jour même. 4) Importance du suivi médical chez le rugbyman La pratique du rugby nécessite un suivi médical régulier. Son objectif est de prévenir les blessures, de détecter précocement d'éventuels problèmes de santé et d'accompagner le joueur tout au long de la saison. Ce suivi médical comprend généralement : Un examen médical annuel : qui permet d'identifier les facteurs de risque individuels, de faire le point sur l'état de santé général et de détecter d'éventuelles prédispositions aux blessures. Une évaluation cardiovasculaire : Les accélérations brutales, les efforts répétés et la durée des matchs imposent au cœur et aux vaisseaux sanguins des contraintes importantes. Une évaluation cardiaque régulière permet de s'assurer que le joueur peut supporter ces exigences en toute sécurité. Un bilan des antécédents traumatiques afin pour identifier les fragilités et d'adapter la prévention : Une entorse mal soignée peut devenir une source de récidive. Une fracture ancienne peut modifier la biomécanique d'un membre. Un suivi de la charge d’entraînement : Un volume trop important, une intensité mal dosée ou une récupération insuffisante augmentent le risque de blessure. Des conseils nutritionnels personnalisés, afin d'adapter l'alimentation du joueur à son poids, à son poste sur le terrain, à l'intensité de ses entraînements, à ses besoins énergétiques et à ses objectifs sportifs. Une surveillance de la guérison des blessures pour éviter les récidives. Cette prise en charge pluridisciplinaire ne se contente pas de réduire le risque de blessure : elle optimise les performances et favorise une pratique sportive durable. 5) Quelle place pour l’ostéopathie dans la pratique du rugby ? Aujourd'hui, de nombreux joueurs, qu'ils soient amateurs ou professionnels, intègrent l'ostéopathie à leur suivi sportif. Elle s'inscrit dans une approche complémentaire aux côtés du médecin du sport, du kinésithérapeute, du préparateur physique et des autres professionnels de santé impliqués dans la prise en charge du rugbyman. Voici ses quatre rôles clés de l'ostéopathie : Optimiser la mobilité et le fonctionnement du corps Le rugby impose au corps des sollicitations extrêmes et répétées. Au fil des saisons, ces contraintes peuvent entraîner Des restrictions de mobilité (ex : raideurs articulaires). Des compensations mécaniques (ex : déséquilibre du bassin, rotation du pied). Des tensions musculaires chroniques (ex : chaîne postérieure sur-sollicitée). L’ostéopathe évalue l’ensemble du système musculo-squelettique (pieds, bassin, colonne, épaules) pour : Rétablir un équilibre postural (correction des désalignements). Restaurer une mobilité optimale (articulations, fascias). Prévenir les blessures en agissant sur les causes mécaniques (ex : pied plat, asymétrie des membres inférieurs). Accompagner la récupération musculaire et articulaire après le match Après un match ou une période d'entraînement intense, de nombreux joueurs intègrent des séances d'ostéopathie régulières dans leur routine de récupération en complément des étirements, de la cryothérapie et de la massothérapie. Selon la situation clinique, la prise en charge peut contribuer à : Restaurer les amplitudes articulaires (ex : cheville, hanche, épaule). Diminuer les tensions musculaires résiduelles (ex : ischio-jambiers, quadriceps) Améliorer le confort locomoteur (marche, course, changements de direction). Favoriser la récupération fonctionnelle en stimulant la circulation sanguine et lymphatique. Participer au suivi post-blessure Après une blessure, l'ostéopathe peut intervenir en complément du médecin du sport et du kinésithérapeute. Il ne traite pas la blessure elle-même, mais prend en charge les conséquences indirectes sur le reste du corps. Une blessure au genou, par exemple, entraîne souvent des compensations au niveau du bassin, de la hanche et du dos. Ces compensations, si elles ne sont pas traitées, peuvent devenir sources de douleurs à distance et retarder le retour à la pratique. Après une blessure, L'ostéopathie permet : d'identifier et corriger les compensations posturales (ex : boiterie, déséquilibre du bassin). de limiter les risques de récidive en rééquilibrant les chaînes musculaires. d'accompagner le retour progressif à la pratique, en travaillant sur la proprioception (perception du corps dans l’espace) et la stabilité articulaire. 6) Conclusion : les clés de la longévité du rugbyman Le rugby est un sport exigeant qui sollicite fortement l'organisme. Les blessures des membres inférieurs, de l'épaule et les commotions cérébrales font partie des risques, mais elles ne sont pas une fatalité. Pour pratiquer durablement et dans les meilleures conditions, un suivi médical régulier, associé à une préparation physique adaptée, sont essentiels. Dans cette prise en charge globale, l'ostéopathie ne remplace ni le diagnostic médical ni la rééducation, mais s'intègre comme une approche complémentaire aux côtés du médecin du sport et du kinésithérapeute. 7) Sources de l'article Académie de Lille - ressources pédagogique : Janvier 2026 Les différentes formes de jeu Fédération Française de Rugby (FFR) : Saison 2023-2024 Épidémiologie des blessures liées à la pratique du rugby amateur BMJ Open Sport & Exercise Medicine (BOSEM) : article paru en novembre 2025. auteurs : Laaksonen et al. Epidemiology of rugby injuries: a systematic review and meta-analysis Médecine du sport : Article paru en janvier 2018. auteurs : Caithriona Yeomans et al. The Incidence of Injury in Amateur Male Rugby Union: A Systematic Review and Meta-Analysis (Incidence des blessures chez les joueurs de rugby à XV amateurs masculins : revue systématique et méta-analyse). Journal de Traumatologie du Sport : juin 2024. L. Ramiz et al. Les blessures dans le rugby amateur : enquête épidémiologique sur la saison 2021-2022. World rugby : Concussion guidance Article paru en août 2024 (Recommandations concernant les commotions cérébrales). Protocole du HIA : Head Injury Assessment (Évaluation des blessures à la tête) Gestion des commotions cérébrales pour le personnel médical le jour du match à l’aide du protocole HIA.

  • Bonnes et mauvaises postures : idées reçues et réalité scientifique

    1) Le mythe de la posture idéale universelle. Pendant des décennies, le monde de la santé et le grand public ont partagé la conviction qu’il existerait une « bonne posture», une sorte de norme de l'alignement corporel. Selon cette vision traditionnelle, pour éviter les douleurs musculo-squelettiques il faudrait se tenir droit, éviter de croiser les jambes, ne pas se voûter ou encore adopter des positions de sommeil spécifiques. Les données scientifiques récentes invitent à nuancer cette conception. La posture joue effectivement un rôle dans notre santé musculo-squelettique, mais son influence serait plus subtile qu'une simple question de géométrie. En fait, le corps humain n’est pas conçu pour le maintien prolongé d’une posture unique, même considérée comme optimale, mais pour bouger, s’adapter aux contraintes de son environnement et à la variabilité des appuis du corps. Comprendre ce qu'est la posture et comment elle s'inscrit dans nos activités quotidiennes et professionnelles permet d’adopter une approche plus efficace et moins culpabilisante pour prévenir et soigner les douleurs musculo-squelettiques. 2) Qu'est-ce que la posture ? Présentation d’un processus dynamique et adaptatif. La posture correspond à la manière dont les différentes parties du corps (tête, tronc, membres) s'organisent dans l'espace à un instant donné. Loin d'être passive, elle est un acte précision qui répond à trois objectifs : Maintenir l'équilibre face à la gravité. Assurer la stabilité des articulations. Permettre de réaliser efficacement les activités du quotidien, qu'il s'agisse de marcher, travailler, porter une charge ou simplement rester debout. Elle est le résultat d’un processus dynamique d'adaptation, au cours duquel l'organisme ajuste continuellement la position des différents segments corporels en fonction des besoins et des contraintes rencontrées. Cet ajustement permanent repose sur l'interaction constante entre plusieurs systèmes du corps. Le squelette, les muscles et les articulations qui fournissent la structure et la force Le cerveau et la moelle épinière qui orchestrent les ajustements Les yeux qui fournissent des informations sur notre position dans l'environnement L'oreille interne qui détecte les mouvements et l'orientation de la tête Les capteurs situés dans nos muscles et nos articulations (la proprioception) qui renseignent en permanence le cerveau sur la position de chaque membre. Pour une même personne, la posture est également influencée par d’autres facteurs tels que le niveau de fatigue, l'état émotionnel, l'âge et les capacités physiques du moment, le niveau d'activité physique, l'environnement autour de soi ou encore la tâche réalisée. 3) Bonne ou mauvaise posture ? Pourquoi cette opposition est dépassée ? Pendant des décennies, certaines caractéristiques posturales ont été considérées comme des causes directes de douleurs musculo-squelettiques. Ainsi, il était fréquemment avancé que : Un creux trop marqué dans le bas du dos (hyperlordose) favoriserait des lombalgies. Des épaules enroulées vers l'avant seraient responsables de douleurs cervicales, Une scoliose même légère entraînerait des douleurs chroniques. Source de l'image : Isabelle Carfantan kinésithérapeute à Nantes Les études menées ces vingt dernières années remettent en question ces affirmations. Les liens observés entre posture et douleur sont souvent faibles, voire inexistants et ne permettent généralement pas d'expliquer à eux seuls l'apparition d'un symptôme douloureux. Les recherches menées notamment par Peter O'Sullivan, Lorimer Moseley, Kieran O'Sullivan et d'autres spécialistes de la douleur et du mouvement ont mis en évidence plusieurs constats importants : De nombreuses personnes vivent sans aucune douleur malgré une posture jugée « mauvaise » selon les anciens critères. à l'inverse, des personnes souffrant de douleurs chroniques affichent parfois une posture jugée « parfaite ». Ce qui semble le plus important pour la santé, ce n’est pas tant la posture en elle-même, mais la capacité à varier ses positions. C’est pourquoi un consensus scientifique émerge aujourd'hui autour d’une phrase simple : « La meilleure posture est souvent la prochaine posture. » Autrement dit, le corps tolère généralement très bien une grande variété de position, même imparfaites. Ce qu’il supporte mal, en revanche, c’est de rester trop longtemps dans la même position, même si celle-ci est, sur le papier, considérée comme idéale. Ainsi, le problème n'est pas la position dans laquelle une personne se trouve, mais plutôt le temps passé dans cette position, le contexte dans lequel elle est maintenue et la capacité individuelle à s'y adapter. 4) Posture et troubles musculo-squelettiques : une relation moins directe qu’on ne le pense. Les troubles musculo-squelettiques (TMS) regroupent un ensemble d'affections touchant les structures impliquées dans le mouvement et le maintien du corps : Les muscles, Les tendons, Les ligaments, Les articulations, les nerfs périphériques. Ils constituent aujourd'hui la première cause de maladie professionnelle dans de nombreux pays. Parmi les TMS les plus fréquemment rencontrés figurent notamment : les lombalgies (douleurs du bas du dos) les cervicalgies (douleurs du cou) les tendinopathies le syndrome du canal carpien certaines douleurs de l'épaule. Source de l'image : Ronan Auger Ostéopathe à Biarritz Pendant longtemps, la posture a été présentée comme un facteur majeur, voire comme la cause principale de ces troubles. Aujourd'hui la recherche médicale a montré que ces affections sont multifactorielles, c’est-à-dire liés à plusieurs éléments qui interagissent entre eux. Parmi les facteurs pouvant influencer leur développement figurent notamment : Les contraintes mécaniques exercées sur les tissus : la posture en fait partie, mais elle s'accompagne de la répétition des gestes et de l'intensité des efforts. L'hygiène de vie : le niveau d'activité physique (sédentarité ou sur-sollicitation), la qualité du sommeil et certains facteurs métaboliques (comme le diabète) Les facteurs psychologiques et sociaux : le stress au travail ou dans la vie privée peuvent également avoir un impact. L'histoire personnelle : les antécédents médicaux et la sensibilité individuelle à la douleur. En clair, la posture n’est qu'un facteur parmi d'autres. Cette évolution des connaissances est bénéfique car elle permet de déculpabiliser le patient qui pourrait penser souffrir uniquement parce qu’il se tient mal. 5) Posture au travail : pourquoi bouger régulièrement est plus important que la position ? Le milieu professionnel est l’un des contextes où la question de la posture revient le plus souvent. Entre les salariés de bureau, condamnés à passer des heures assis sur une chaise, et les travailleurs manuels, soumis à des gestes répétitifs et des positions contraignantes, la question revient sans cesse : quelle est la bonne posture pour travailler ? Aujourd'hui, l’objectif n’est plus de trouver une position “parfaite” à tenir toute la journée, mais de réduire ce qui fatigue le corps.Les recommandations privilégient plutôt : La mobilité régulière : se lever, s’étirer, marcher quelques minutes. L’alternance des positions : passer de la station assise à la station debout, varier les appuis le plus souvent possible. L’adaptation du poste de travail à la morphologie et aux besoins de la personne (hauteur d’écran, siège, plan de travail). La limitation des contraintes excessives. Ainsi, il est possible d’adopter occasionnellement une position avachie sans risque particulier. En revanche, rester plusieurs heures sans bouger, quelle que soit la position adoptée, finit par provoquer inconfort et fatigue musculaire. Les études montrent que les micro-pauses régulières (toutes les 30 à 45 minutes) et les changements réguliers de position sont plus utiles que la recherche permanente d’une posture idéale. 6) Quelle est la meilleure position pour dormir ? Ce que dit la science du sommeil. Le sommeil est un autre domaine où les idées reçues sur la posture sont nombreuses. A ce jour, aucune position de sommeil (sur le dos, le côté droit ou le ventre) n'a prouvé sa supériorité sur les autres pour l'ensemble de la population. Ce qui détermine la qualité du sommeil c'est un ensemble de facteurs plus importants que la position du corps dans le lit : Le niveau de confort ressenti : la position qui permet de bien dormir. La qualité du matelas et de l’oreiller : ils doivent être adaptés à la morphologie, aux besoins et soutenir le corps sans créer de tensions. L’état de santé général : certaines douleurs (lombalgies, hernies discales) peuvent rendre une position plus adaptée qu’une autre. La durée du sommeil : un sommeil suffisant est essentiel, quelle que soit la position. La nature fait d'ailleurs très bien les choses : un être humain change spontanément de position plusieurs dizaines de fois par nuit. Cette mobilité nocturne inconsciente n'est pas un trouble. C’est un mécanisme de protection du corps qui permet de répartir les pressions mécaniques et d'éviter les points de compression prolongés. La meilleure posture pour dormir est celle qui permet de s’endormir rapidement et de se réveiller en forme. 7) Les postures de détente et de relaxation : faut-il éviter certaines positions ? Les positions adoptées pendant les moments de repos sont très variables. S’allonger sur un canapé, s’asseoir en tailleur, croiser les jambes ou se recroqueviller dans un fauteuil sont souvent perçus comme de mauvaises habitudes. Pourtant, aucune donnée scientifique solide ne montre que ces positions, lorsqu'elles sont prises ponctuellement, soient nocives pour des tissus sains. L'objectif n'est pas de s'interdire le confort d'un moment de relâchement, mais de préserver sa capacité à bouger et à varier ses positions au fil de la journée. C’est d’ailleurs ce que fait naturellement le système nerveux qui choisit spontanément les positions qui réduisent les tensions à un instant donné. 8) Ergonomie moderne : adapter l’environnement plutôt que corriger la posture. L’ergonomie moderne consiste à adapter le travail et l’environnement (outils, mobilier, organisation) aux capacités humaines. Ce n’est pas seulement une histoire de posture. Elle prend en compte : Les contraintes physiques : forces, gestes, positions, durée d'immobilité. Les contraintes cognitives : charge mentale, concentration, complexité des tâches. Les contraintes organisationnelles : organisation des tâches, rythmes, pauses, horaires. Les facteurs psychosociaux : stress, relations avec les collègues, pression, autonomie. Concernant la posture, elle poursuit trois objectifs : Limiter les contraintes excessives : éviter les postures extrêmes ou les efforts répétitifs intenses. Favoriser les mouvements : encourager les changements de position et les micro-pauses. Permettre des ajustements individuels : chaque salarié doit pouvoir adapter son poste à sa morphologie et à ses besoins. Outils de prévention des TMS Les exemples suivants s’inscrivent dans cette philosophie. Bureau assis-debout permet d’alterner les postures. Siège adaptable soutient le dos sans imposer une position figée. Poste modulable (écran à hauteur des yeux, clavier et souris bien placés) réduit les tensions inutiles. Cependant, le meilleur outil ergonomique reste la possibilité de bouger. 9) Intérêt de l’ostéopathie dans la prise en charge des troubles liés à la posture. L'ostéopathie tient une place de choix dans cette vision moderne de la santé. Le rôle de l’ostéopathe ne se limite pas à une simple «remise en place» des vertèbres ou des articulations. Son objectif n’est pas de «corriger» une posture jugée «mauvaise», mais de : Comprendre les contraintes subies par le corps (efforts répétés, traumatismes, positions de travail, stress). Repérer les zones qui ont perdu leur souplesse fonctionnelle (raideurs, blocages, tensions). Améliorer la mobilité pour permettre au corps de s’adapter plus facilement. Accompagner le patient vers une meilleure capacité d’adaptation à son environnement. Les techniques ostéopathiques peuvent contribuer à : Diminuer certaines douleurs musculo-squelettiques (lombalgies, cervicalgies, etc.). Améliorer le confort fonctionnel au quotidien (mouvements plus fluides, moins de raideurs). Restaurer la mobilité articulaire là où elle est limitée (ex. : après une entorse ou une mauvaise posture prolongée). Favoriser la reprise du mouvement en levant les obstacles physiques ou nerveux. Enfin, une part essentielle de la consultation repose sur l'éducation du patient en matière thérapeutique. Expliquer les mécanismes de la douleur, remettre en question les croyances erronées sur la posture et encourager le mouvement sont des éléments de la prise en charge qui participent activement à l'amélioration de l'état clinique. 10) Posture : quand podologue, posturologue, dentiste, kinésithérapeute et ostéopathe collaborent. La posture est le résultat d'une intégration permanente par le cerveau de messages envoyés par une multitude d’acteurs qui interagissent entre eux : muscles, articulations, système nerveux, vision… C’est pourquoi sa prise en charge gagne souvent à faire appel à différents professionnels de santé, chacun apportant son expertise spécifique. Voici quelques collaborations particulièrement pertinentes : Le podologue : Les informations provenant de la plante des pieds jouent un rôle clé dans le contrôle de l’équilibre et l’adoption de certaines stratégies posturales. Le podologue intervient lorsque l'analyse du pied, de la marche ou des appuis plantaires révèle une anomalie qui pourrait influencer l'ensemble de la chaîne posturale. Le posturologue : Le posturologue est un spécialiste des différents capteurs impliqués dans le maintien de l’équilibre. Il s'intéresse à quatre grands systèmes : Le système visuel : les yeux fournissent des repères sur la position de la tête dans l'espace. Le système vestibulaire : situé dans l'oreille interne, il détecte les mouvements et les accélérations de la tête. Le système podal : la façon dont le pied répartit le poids au sol. la proprioception : les capteurs situés dans les muscles et les articulations renseignent le cerveau sur la position de chaque segment du corps. Son expertise peut compléter l’évaluation globale quand un trouble de l’équilibre ou des adaptations posturales complexes sont suspectés. Le kinésithérapeute : Le kinésithérapeute est un acteur clé dans la rééducation active. Il intervient sur trois axes principaux : Le renforcement musculaire : restaurer la force là où elle fait défaut. La rééducation fonctionnelle : réapprendre au corps des mouvements devenus douloureux ou inefficaces. L’exposition progressive au mouvement : remettre en confiance un patient qui a peur de bouger. Cette collaboration est particulièrement précieuse pour les patients atteints de douleurs chroniques, où la dimension mécanique et psychologique doit être prise en compte. Le chirurgien-Dentiste Les mâchoires sont étroitement liées à la posture de la tête et du cou. Les dysfonctions temporo-mandibulaires (DTM), qui se manifestent par des douleurs de mâchoire, des craquements ou des limitations d'ouverture buccale, peuvent parfois s'accompagner de tensions dans le cou ou les épaules et de modifications posturales. Dans ces cas, la collaboration entre l'ostéopathe et le dentiste permet de traiter simultanément les deux niveaux du problème. 11) Conclusion : privilégier le mouvement plutôt que l'alignement parfait. Le message central de cet article tient en une phrase : la vision traditionnelle qui opposait une « bonne posture » à une « mauvaise posture » est aujourd'hui dépassée. Les données scientifiques récentes montrent que la posture humaine est un phénomène dynamique et complexe. Elle varie d'un individu à l'autre, d'un moment à l'autre, et dépend de nombreux facteurs (biologiques, environnementaux, psychologiques). Aucune posture n’a démontré sa capacité à prévenir les douleurs musculo-squelettiques. L’enjeu n’est donc pas de rechercher un alignement corporel parfait, mais de conserver une capacité d’adaptation à son environnement, de mouvement et de variabilité posturale. Dans ce contexte, l’ostéopathie trouve sa place au côté d’autres professionnels de santé (podologues, kinésithérapeutes, dentistes, etc.) dans une approche centrée sur l'éducation du patient, le mouvement et l'amélioration des capacités fonctionnelles. 12) Sources de l'article Ouvrage Editions Elsevier : Auteurs Gilles Péninou et Patrick Colné. La posture debout: Biomécanique fonctionnelle, de l'analyse au diagnostic. Articles Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) - Santé et sécurité au travail : Article mis à jour en mars 2025. Troubles musculosquelettiques (TMS) Public Library of Science (PLOS ONE) : article paru en septembre 2023. Auteurs : Florian Abu Bakar et coll. Not all movements are equal: Differences in the variability of trunk motor behavior between people with and without low back pain—A systematic review with descriptive synthesis (Tous les mouvements ne sont pas égaux : Différences de variabilité du comportement moteur du tronc entre les personnes souffrant ou non de lombalgie – Une revue systématique avec synthèse descriptive). Public Library of Science (PLOS ONE) : article paru en juin 2023. Auteurs : Amal M. Alsubaie et coll. Is movement variability altered in people with chronic non-specific low back pain? A systematic review. (La variabilité des mouvements est-elle altérée chez les personnes souffrant de lombalgie chronique non spécifique ? Une revue systématique) BioMed Central (BMC) Public Health : Article paru en août 2023. Auteurs : Mohammad Salsali et coll. Association between physical activity and body posture: a systematic review and meta‑analysis. (Association entre l'activité physique et la posture corporelle : revue systématique et méta-analyse). Neuroscience and Biobehavioral Reviews : Article publié en mai 2016. Auteurs : N. König et coll. Revealing the quality of movement: A meta-analysis review to quantify the thresholds to pathological variability during standing and walking. (Révéler la qualité du mouvement : une méta-analyse visant à quantifier les seuils de variabilité pathologique en position debout et en marche) Disability and Rehabilitation : Article paru en avril 2025. Auteurs : Thavapriya Sugavanam et coll. Postural asymmetry in low back pain - a systematic review and meta-analysis of observational studies. (Asymétrie posturale dans les lombalgies : revue systématique et méta-analyse d’études observationnelles). Journal of Clinical Medicine (J Clin Med) : Article paru en août 2021. Auteur : Eveline Van Looveren et coll. The Association between Sleep and Chronic Spinal Pain: A Systematic Review from the Last Decade. (Association entre le sommeil et les douleurs rachidiennes chroniques : une revue systématique de la dernière décennie).

  • L’ostéopathie dans la prise en charge du Whiplash (coup du lapin)

    Source : Clinique Centeno-Schultz (USA- Colorado) Whiplash : un traumatisme cervical courant. Le whiplash, qu'on appelle aussi « coup du lapin » est un traumatisme fréquent du cou. Il se produit lorsque la tête est brusquement projetée vers l’avant puis vers l’arrière (ou l’inverse), un peu comme un coup de fouet. Ce mouvement violent rapide et incontrôlé impose des contraintes mécaniques importantes à l'ensemble des structures du cou. Elles peuvent affecter les muscles, les ligaments, les articulations, mais aussi certaines structures nerveuses. Les symptômes et conséquences qui peuvent découler de ce traumatisme sont regroupés sous le terme médical de WAD (Whiplash Associated Disorders ou troubles associés au cou du lapin). Ils représentent un enjeu de santé publique important en raison : de leur fréquence : c’est l’une des blessures les plus courantes après un accident. de leurs coûts pour la société : arrêts de travail, soins prolongés, voire invalidité. du risque de chronicisation : pour certains patients, les douleurs persistent pendant des mois, voire des années. Whiplash : définition médicale, causes et classification QTF de la gravité. Selon le groupe d’experts internationaux du Quebec Task Force (QTF) le whiplash est défini comme : « Un mécanisme d’accélération puis de décélération soudaine qui transmet une énergie brutale à la colonne cervicale. » La colonne cervicale Ce type de traumatisme survient principalement dans les situations suivantes : une collision automobile, notamment par l’arrière un accident de sport une chute certains accidents professionnels. Ce mouvement en « coup de fouet » peut provoquer différents types de lésions : Des lésions musculaires (élongations, déchirures). Des atteintes des ligaments (étirements ou ruptures). Des blocages ou douleurs articulaires au niveau du cou. Des irritations nerveuses (fourmillements, douleurs qui descend dans le bras). Plus rarement, des lésions osseuses importantes (fractures ou luxations des vertèbres cervicales). Pour évaluer la gravité du traumatisme, les experts du QTF ont établi une classification en 5 grades (de 0 à 4) : Grade 0 : Aucun symptôme ni signe physique. Grade 1 : Douleur ou raideur au cou, mais l'examen médical ne montre pas d'anomalie physique. Grade 2 : Douleur au cou accompagnée d'une perte de mobilité ou de points douloureux précis à la palpation. Grade 3 : Douleur cervicale associée à des signes neurologiques (engourdissements, picotements, diminution des réflexes, perte de force dans les bras...). Grade 4 : Présence d'une lésion structurale grave (fracture ou luxation d'une vertèbre cervicale). Whiplash : chiffres clés et facteurs de risque de chronicisation Le whiplash est l’un des traumatismes les plus fréquents après un accident de la route. Les données scientifiques issues des études épidémiologiques mettent en évidence les faits suivants : Une fréquence estimée entre 70 et 325 cas pour 100 000 habitants par an selon les pays et les critères d'enregistrement. Dans certaines collisions automobiles, jusqu'à 83 % des personnes impliquées décrivent des symptômes correspondant à un whiplash. Entre 20 % à 40 % des patients développent des douleurs chroniques (persistant au-delà de 6 mois). Les femmes semblent plus souvent touchées par les formes chroniques. Les répercussions socio-économiques sont lourdes liées aux soins médicaux, aux arrêts de travail et aux indemnités d'invalidité. À titre d'exemple, aux États-Unis, le coût annuel lié au whiplash est estimé à plusieurs milliards de dollars. La majorité des patients récupèrent progressivement dans les semaines ou les mois suivant le traumatisme. Cependant, certains facteurs sont associés à un risque plus élevé d’évolution vers des douleurs persistantes : Une intensité très élevée de la douleur immédiatement après le choc ; Une perte importante de la mobilité du cou dans les premiers jours ; un niveau élevé de stress, d’anxiété ou de détresse psychologique après l’accident ; L'existence de douleurs aux cervicales antérieures à l'accident ; une prise en charge tardive ou inadaptée après le traumatisme. Comment se produit un whiplash ? Comprendre les lésions cervicales Lors d’un choc, en particulier par l’arrière, en quelques fractions de secondes, la tête est projetée vers l’arrière (on parle d’hyperextension), puis propulsée vers l’avant (on parle d’hyperflexion). Ce mouvement de fouet est trop rapide pour que les muscles du cou puissent le contrôler ou le freiner. Source : Professeur Nabil A. Ebraheim. University of Toledo Medical Center (USA Ohio) Lors de cet aller-retour ultra-rapide et non contrôlé, le rachis cervical peut adopter temporairement une forme en « S », différente de sa courbure physiologique habituelle en C. Cette déformation transitoire répartit les forces de façon inhabituelle et génère sur les tissus cervicaux des contraintes biomécaniques anormales et importantes qui dépassent les capacités de résistance de notre corps. Il en résulte plusieurs phénomènes mécaniques : Une compression brutale des articulations situées à l'arrière des vertèbres cervicales Un étirement violent et parfois excessif des muscles du cou Une mise sous tension excessive des ligaments qui maintiennent les vertèbres cervicales entre elles Un dérèglement des capteurs sensoriels du cou (les mécanorécepteurs), qui participent au contrôle de la posture et de l'équilibre en informant le cerveau de la position et des mouvements de la tête Les structures les plus fréquemment affectées sont : Les muscles sous-occipitaux (situés à la base du crâne, souvent responsables des maux de tête) les muscles trapèzes (qui relient le cou aux épaules, source de raideurs) Les ligaments cervicaux (qui peuvent s’étirer ou se déchirer) Les facettes articulaires cervicales (les zones de contact entre deux vertèbres) Les disques intervertébraux (les amortisseurs situés entre les vertèbres) Le système vestibulaire (l'oreille interne) et le système proprioceptif (l'ensemble des capteurs du mouvement) impliqués dans l'équilibre et la perception de la position du corps dans l'espace. Muscles sous occipitaux. Source : François Albaranes ostéopathe D.O Muscle trapèze. Source : Physio Network Symptômes du whiplash : formes fréquentes et conséquences chroniques L'une des particularités du whiplash est que les signes ne sont pas toujours immédiats. S'ils peuvent apparaître tout de suite après le choc, ils se manifestent très souvent de manière décalée, quelques heures voire un à deux jours après le traumatisme. Les signes cliniques les plus couramment observées en consultation sont : Douleurs cervicales (cervicalgies) : une sensation de cou raide ou brûlant. Raideur cervicale : difficulté à tourner la tête ou à regarder vers le haut/bas. Maux de tête (céphalées) : souvent localisés à l'arrière du crâne. Douleurs entre les omoplates ou dans la région des épaules (scapulaires) : comme une tension ou une lourdeur. Vertiges : impression d’étourdissement ou de déséquilibre. Fatigue générale : même après un effort minime. Troubles de concentration : difficulté à se focaliser (souvent appelé "brouillard mental"). Fourmillements, picotements ou engourdissements dans les bras ou les mains (paresthésies). Ces symptômes ne sont pas toujours proportionnels à la violence du choc. Même un accident mineur peut entraîner des douleurs importantes. Chez la majorité des patients, les symptômes s'améliorent progressivement dans les semaines qui suivent le traumatisme. Cependant, une proportion non négligeable de personnes continue à présenter des symptômes pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. On parle alors de chronicisation. Les principales conséquences à long terme peuvent inclure : Des douleurs chroniques quotidiennes : le cou reste sensible, avec des pics de douleur au moindre mouvement. Une diminution permanente de la mobilité du cou : difficulté à conduire, à lire, à regarder en arrière. Des troubles du sommeil : réveils nocturnes à cause de la douleur ou de l’inconfort. De l’anxiété ou de la dépression : la peur de bouger, la frustration face à la lenteur de la guérison. Une altération globale de la qualité de vie et, dans certains cas, difficultés ou incapacité temporaire ou définitive à reprendre une activité professionnelle Pourquoi la douleur devient-elle chronique ? Les connaissances scientifiques actuelles suggèrent que la persistance des symptômes peut résulter de deux mécanismes biologiques principaux : La sensibilisation centrale : Le système nerveux central devenu hypersensible continue d'envoyer des messages de douleur au cerveau même pour des stimuli normaux alors même que les lésions initiales des tissus sont guéries. Des dysfonctionnements neuromusculaires : les muscles et les nerfs ne fonctionnent plus de manière coordonnée, ce qui entretient la raideur et la douleur. Les muscles du cou adoptent de mauvaises stratégies de contraction pour se protéger, ce qui entretient un état de tension et de douleur permanent. Diagnostic du whiplash : examen clinique, tests et imagerie médicale. Le diagnostic du whiplash repose avant tout sur un examen clinique minutieux réalisée par le médecin. Pour poser son diagnostic, le médecin s'appuie sur plusieurs éléments : L’interrogatoire du patient : Le praticien pose des questions précises sur l'accident (vitesse, direction de l'impact, position de la tête), le délai d'apparition des symptômes, les douleurs, leur intensité, leur localisation, et leur évolution. L’examen neurologique : La vérification des réflexes, de la sensibilité (recherche de fourmillements) et de la force musculaire dans les bras et les mains pour détecter d’éventuelles atteintes des nerfs. L'évaluation de la mobilité de votre cou : La mesure des amplitudes de mouvement du cou (capacité à tourner la tête sans douleur, à la pencher vers le haut et le bas) La palpation des muscles et des articulations du cou : pour repérer avec précision les zones douloureuses. Au cours de cet examen, le médecin peut pratiquer des tests spécifiques comme : Le test de Spurling : Une pression douce est exercée sur le sommet de la tête inclinée. Si cela reproduit ou aggrave une douleur qui descend dans le bras, cela peut évoquer une irritation d’une racine nerveuse à la sortie des vertèbres cervicales. Le test de distraction cervicale : le médecin tire doucement sur la tête vers le haut pour soulager la pression de la tête sur les nerfs et observer si la douleur diminue temporairement. Ces tests aident à confirmer ou écarter une atteinte neurologique liée au whiplash. Test de Spurling. Source : Hypocampus Test de distraction cervicale. Source : Hypocampus L’imagerie médicale : utile mais pas systématique Les examens d’imagerie ne sont pas systématiques ; ils sont prescrits en fonction des signes cliniques inquiétants identifiés lors de l'examen clinique. Ils peuvent inclure : La radiographie : utile en première intention si on soupçonne une lésion osseuse pour rechercher une fracture, une luxation ou une instabilité des vertèbres cervicales. Le scanner (TDM) : indiqué en cas de suspicion de lésion osseuse fines ou complexe que la radiographie ne permettrait pas de voir précisément. L’IRM : privilégiée pour visualiser les ligaments, les disques intervertébraux, la moelle épinière (en cas de signes neurologiques) ou les tissus mous (muscles, tendons). Dans de nombreux cas de whiplash (notamment de grades 1 et 2), les examens d’imagerie peuvent être normaux malgré des douleurs intenses. L'absence d'anomalie visible sur les images ne signifie pas qu'il n'y a rien. Les lésions sont souvent microscopiques ou fonctionnelles, pas structurelles. Prise en charge médicale et rééducation active après un whiplash. La prise en charge du whiplash a complètement changé. On ne met plus les patients au repos forcé avec un collier cervical. Aujourd'hui, on privilégie le mouvement progressif. Le traitement médicamenteux Prescrit sur une courte période en phase aiguë, il associe : des antalgiques pour soulager la douleur des anti-inflammatoires pour réduire l'inflammation des tissus et parfois des myorelaxants pour relâcher les contractures musculaires. Ces traitements ne “réparent” pas le cou à eux seuls : leur rôle principal est de rendre la douleur supportable pour faciliter le sommeil et la reprise progressive des mouvements. La rééducation fonctionnelle (kinésithérapie) est le pilier de la guérison. Elle repose sur : des exercices réalisés par le patient lui-même : mouvements progressifs du cou, guidés par un praticien kinésithérapeute ou ostéopathe du renforcement musculaire progressif : exercices ciblés pour stabiliser la colonne cervicale. de la physiothérapie : qui associe des techniques manuelles, telles que les massages et les étirements destinés à détendre la musculature, à des traitements complémentaires comme la thermothérapie (chaleur), la cryothérapie (froid) ou l’électrothérapie (courant électrique). un travail proprioceptif : qui cible les récepteurs sensoriels du cou afin de restaurer l'équilibre et la coordination. Elle se pratique notamment à l'aide d'exercices sur des surfaces instables, comme un ballon ou une plateforme dédiée. Le déclin du collier cervical Le collier cervical souple (minerve), autrefois prescrit systématiquement, peut être utilisé brièvement (quelques jours) en phase aiguë pour soulager. Son port prolongé n'est plus recommandé car les muscles s’affaiblissent, les articulations se raidissent, et la récupération est retardée. Les études scientifiques sont claires : une mobilisation précoce, douce et progressive (dès que la douleur le permet, et sans forcer) offre un meilleur pronostic de guérison et réduit le risque de chronicisation des douleurs. Ostéopathie et whiplash : objectifs, techniques, bienfaits et limites L’ostéopathie peut constituer un traitement complémentaire principalement pour les formes légères à modérées (grades I et II de la classification QTF), et uniquement après qu'un médecin a éliminé toute lésion grave (fracture, luxation ou signes neurologiques graves). Objectifs et bienfaits de l’ostéopathie Les bénéfices fréquemment rapportés par les patients incluent : Une diminution des maux de tête et des douleurs au cou ; Une amélioration de la souplesse et de l'amplitude des mouvements cervicaux (rotations, flexions) ; Une réduction des tensions et des contractures musculaires ; Une amélioration de la circulation sanguine locale (vascularisation) pour aider les tissus à cicatriser. Les techniques employées L'ostéopathe utilise un panel de techniques adaptées à l'état du patient : Des techniques myofasciales : pressions douces et étirements des enveloppes musculaires (les fascias) ; des mobilisations articulaires douces : mouvements passifs pour restaurer l’amplitude du cou. Des techniques musculaires : étirements ou pressions pour détendre les muscles. Des techniques crâniennes : pour agir sur les maux de tête et l'état de tension général. Mise en garde importante : les techniques HVBA de manipulations à haute vélocité (les « craquements ») ne sont pas recommandées et doivent être évitées en phase aiguë (juste après le traumatisme). Ce que dit la science Les données actuelles confirment qu'associer des mobilisations douces à des exercices actifs donne de meilleurs résultats que le repos passif ou que les traitements purement médicamenteux. Concernant spécifiquement l’ostéopathie dans la prise en charge thérapeutique du coup du lapin, les résultats cliniques sont encourageants mais des études scientifiques supplémentaires, avec une méthodologie plus stricte, restent nécessaires pour mieux préciser sa place dans le traitement du whiplash. Sources de l'article Clinique Centeno-Schultz (Colorado, USA) : Article paru en mars 2024. Auteur : John Pitts, MD Understanding Anterior Longitudinal Ligament Injuries in Whiplash (Comprendre les lésions du ligament longitudinal antérieur lors d'un coup du lapin) Société Française de Mésothérapie : Auteur : R. Dupuy Examen clinique du rachis cervical Harvard Health Publishing : Article paru en mai 2024. Auteur Lisa Catanese, ELS Whiplash injury: Relieving the pain in your neck (Lésion cervicale liée au coup du lapin : comment soulager la douleur au cou) Journal of Chiropractic Medicine : Article paru en avril 2022. Auteurs : Giovanni Parravicini, Matteo Ghiringhelli Osteopathic Cranial Manipulation for a Patient With Whiplash-Associated Disorder: A Case Report (Manipulation crânienne ostéopathique chez un patient souffrant de troubles liés au coup du lapin : un cas clinique). StatPearls : Article mis à jour en avril 2026. Auteurs :Arielle Lehman ; Konstantinos Margetis . Cervical Sprain (Entorse cervicale) Cureus Journal of Medical Science : Article paru en février 2024. Auteurs : Jennifer M Jost, Veenah K Stoll, Holly B Waters Osteopathic Manipulative Treatment for Chronic Neck Stiffness After a Motor Vehicle Collision: A Case Report (Traitement ostéopathique par manipulation pour la raideur cervicale chronique après un accident de la route : un cas clinique) UFR STAPS de l'Université de Bourgogne à Dijon - D.U PATA (Perception, Action et Troubles des Apprentissages) : Mémoire de Emmanuel Roche D.O (année 2010), Qu’est ce que le ‘’whiplash’’ ?

  • Ostéopathie et syndrome fémoro-patellaire

    Source : La clinique Physiothérapie Centre du Québec 1) Qu’est-ce que le syndrome fémoro-patellaire (SFP) ou syndrome rotulien ? Le syndrome fémoro-patellaire aussi appelé syndrome rotulien, est une cause fréquente de douleur à l’avant du genou (appelée gonalgie antérieure). Il est particulièrement répandu chez les sportifs, notamment les coureurs et les cyclistes, ainsi que chez les adolescents actifs. Il peut toutefois aussi concerner des personnes sédentaires. Autrefois considéré comme un problème purement mécanique, il est aujourd’hui reconnu comme une affection multifactorielle, c’est-à-dire qu’il résulte de l’association de plusieurs facteurs : biomécaniques (alignement et mouvement des membres), musculaires (force et souplesse des muscles entourant le genou) fonctionnels (manière dont le corps coordonne ses mouvements lors des activités quotidiennes ou sportives). Concrètement, le SFP se manifeste par des douleurs autour ou en arrière de la rotule (patella). Cette douleur apparaît quand l’articulation entre la rotule et le fémur (l’os de la cuisse) est trop sollicitée ou ne fonctionne pas de façon optimale dans certaines activités. Il ne s’agit pas d’une lésion anatomique spécifique (comme une fissure ou une cassure), mais plutôt d'un ensemble de symptômes et de signes cliniques regroupés sous une même appellation. 2) Syndrome fémoro-patellaire : fréquence, population à risque et chiffres clés. Le syndrome fémoro-patellaire est l’une des causes les plus fréquentes de douleurs au genou chez les personnes de moins de 50 ans. Il est particulièrement observé : Chez les adolescents et les jeunes adultes (en pleine croissance ou très actifs). Chez les sportifs exposés à des impacts ou des mouvements de flexion-extension répétés du genou (course à pied, saut, cyclisme, etc.). Chez les femmes probablement pour des raisons anatomiques et biomécaniques. Leur bassin plus large modifie l'angle entre le fémur et le tibia, ce qui déporte la rotule vers l'extérieur ; de plus, leur rotule est naturellement plus mobile, donc moins stable. Sur le plan statistique, le SFP touche environ 23 % de la population adulte générale. Ce chiffre grimpe jusqu'à 29 % chez les jeunes pratiquant une activité sportive régulière. 3) Anatomie et fonctionnement de l’articulation fémoro-patellaire : rôle de la rotule. Anatomie du genou Le genou est une articulation complexe qui assure la jonction entre : le fémur (os de la cuisse, en haut), le tibia (os de la jambe, en bas) et la rotule ou patella (petit os en forme de triangle à l’avant du genou). La rotule agit comme un relais mécanique du muscle quadriceps (situé à l’avant de la cuisse) qui permet d’étendre la jambe. Elle est un peu comme une poulie qui permet au quadriceps d'avoir une plus grande force. L’articulation fémoro-patellaire correspond à la zone de contact entre : La face arrière (postérieure) de la rotule (celle qui "regarde" vers le fémur), qui est recouverte de cartilage. La trochlée fémorale, une gouttière osseuse située à l'extrémité inférieure du fémur, conçue pour accueillir la rotule. Un système de glissement précis Source : Plateforme de formation AdvancedTrainings Lors des mouvements de flexion et d’extension du genou, la rotule coulisse dans la trochlée fémorale selon une trajectoire précise. Pour que ce mouvement soit fluide et stable, plusieurs éléments doivent fonctionner de manière coordonnée : les muscles de la cuisse, notamment le quadriceps, les muscles fessiers, qui participent au contrôle de l’alignement de la jambe, les structures ligamentaires et les tissus de soutien autour du genou, stabilisateurs passifs, et, plus globalement, la biomécanique du membre inférieur (la façon dont hanche, genou, cheville et pied travaillent ensemble). Que se passe-t-il en cas de déséquilibre ? Lorsqu'un déséquilibre musculaire survient (muscles trop faibles ou trop tendus) ou qu'un défaut d’alignement modifie la trajectoire de la rotule, la répartition des pressions est altérée. Cela engendre une augmentation anormale des contraintes mécaniques sur certaines parties du cartilage rotulien, qui peut provoquer : des douleurs (souvent ressenties autour ou derrière la rotule), une réaction inflammatoire, voire, à long terme, une usure du cartilage (arthrose). 4) Syndrome rotulien : quels sont les symptômes ? Le principal symptôme est une douleur à l’avant du genou, autour ou derrière la rotule. Cette douleur se manifeste principalement lors d'activités de la vie quotidienne ou sportive qui augmentent la pression entre la rotule et le fémur. Les patients rapportent des douleurs dans les situations suivantes : La montée ou la descente des escaliers : la douleur est souvent plus intense à la descente. La course à pied ou la pratique de sports impliquant des sauts (basketball, volley,...) : en raison de la répétition des impacts et des cycles de flexion-extension. Les flexions profondes du genou : lors de la réalisation de squats ou du maintien d'une position accroupie. La position assise prolongée genoux fléchis (au cinéma, en voiture,…) : la douleur apparaît au moment de tendre la jambe pour se lever. La pratique d'activités sportives avec mouvement répétitifs de flexion-extension (cyclisme). En l’absence de prise en charge thérapeutique adaptée, l'affection peut s’aggraver avec le temps et devenir chronique. 5) Syndrome fémoro-patellaire : les causes et facteurs favorisants Le SFP est une pathologie multifactorielle. Dans la majorité des cas, il résulte de l’association de contraintes mécaniques, de déséquilibres musculaires et de particularités anatomiques. a) Sursollicitation mécanique C'est fréquemment le cas chez les sportifs lorsque le genou est soumis à des contraintes trop importantes ou répétées, notamment lors de la course à pied, des sauts répétés ou du cyclisme intensif. Le syndrome apparaît souvent après une augmentation trop rapide de la charge d’entraînement (intensité, volume, fréquence). b) Déséquilibres et déficits musculaires Le contrôle dynamique de la trajectoire de la rotule dépend directement de la fonction musculaire : Une faiblesse du quadriceps : en particulier du muscle vaste médial oblique par rapport au vaste latéral, compromet le guidage de la rotule dans sa gorge osseuse. Un manque de tonicité des muscles fessiers (moyen fessier en particulier) altère le contrôle du membre inférieur. Si les fessiers ne travaillent pas assez, le genou peut tourner vers l’intérieur (rotation interne) lors de la course, augmentant les contraintes sur la rotule. c) Facteurs biomécaniques Certaines anomalies de posture ou de mouvement favorisent le syndrome : L'hyperpronation du pied : l'affaissement de la voûte plantaire vers l'intérieur en marchant ou en courant induit une rotation compensatrice de toute la jambe. Le genou en X (genu valgum) : les genoux se rapprochent l’un de l’autre. La rotation interne excessive du fémur au niveau de la hanche : la cuisse tourne trop vers l’intérieur. Un mauvais alignement de la rotule : elle n’est pas bien centrée dans sa gorge (glissement latéral). Une raideur des muscles ischio-jambiers (arrière de la cuisse) ou du quadriceps augmente la force de placage de la rotule contre le fémur. Ces déséquilibres modifient la trajectoire de la rotule et majorent les pressions sur le cartilage. d) Facteurs anatomiques Certaines particularités de la structure osseuse peuvent favoriser des problèmes de rotule, notamment : Une dysplasie de la trochlée : la trochlée fémorale où glisse la rotule est trop plate ou mal formée et n'assure plus un guidage optimal. Une rotule positionnée trop haut (patella alta) : la rotule est positionnée plus haut que la normale, ce qui retarde son engagement dans la trochlée lors de la flexion. Une instabilité rotulienne : la rotule a tendance à se décaler lors des mouvements. Un antécédent de luxation de la rotule : un épisode de déboîtement de la rotule augmente le risque de récidive et de syndrome fémoro-patellaire. Chez un même patient, on trouve souvent plusieurs de ces facteurs. 6) Diagnostic du syndrome fémoro-patellaire. Examen clinique et imagerie du genou. >> Le diagnostic repose essentiellement sur un interrogatoire et un examen physique menés par un professionnel de santé. Ceux-ci permettent d’identifier : Où se situe la douleur (autour ou derrière la rotule, par exemple). Dans quelles situations elle apparaît (effort, position prolongée, gestes spécifiques). Les éventuelles limitations de mouvement du genou (difficulté à plier ou étendre le genou). Les déséquilibres musculaires ou posturaux (force du quadriceps, faiblesse des fessiers, genou en X, …). >> Pour affiner son diagnostic, le praticien réalise également quelques tests simples spécifiques : Le Grinding Test (ou test du « rabot ») : Consiste à mobiliser manuellement la rotule afin d'évaluer la qualité du glissement articulaire. Si un craquement ou une friction est perçu, on parle de "signe du rabot". C'est un indicateur en faveur d'un SFP. La recherche du signe du glaçon : Ce test cherche à détecter un épanchement de liquide (synovie) à l'intérieur du genou. Dans le cadre d'une suspicion de SFP, ce test a une valeur d'exclusion. Le SFP étant généralement pathologie principalement mécanique sans gonflement majeur, un signe du glaçon positif oriente vers une autre pathologie (lésion méniscale, arthrose) ou vers une complication inflammatoire aiguë. Pour compléter ces investigations, d'autres tests peuvent être réalisés : Le test de smillie (test d'appréhension) : Le praticien applique une pression latérale sur la rotule pour simuler un début de déboîtement. Si le patient contracte par réflexe son quadriceps ou manifeste une appréhension par peur que sa rotule ne se décale, le test est considéré comme positif, ce qui est fréquent en cas d'instabilité associée au SFP. Le test de zohlen : consiste à freiner la montée de la rotule pendant que le patient contracte son quadriceps. S'il déclenche la douleur familière du patient, il constitue un indice supplémentaire. Ces tests cliniques, bien qu'utiles, ne suffisent pas à eux seuls au diagnostic. Test du rabot. Source : Institut de Thérapie Manuelle et Physiothérapie (ITMP). Signe du glaçon. Source : Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) Test de smilie. Source : Piriforme(Ressources éducatives en ligne en kinésithérapie) Test de zohlen. Source : Source : Institut de Thérapie Manuelle et Physiothérapie. >> Des examens d’imagerie (radiographie, échographie, IRM) peuvent parfois être prescrits, principalement pour : Éliminer d’autres causes de douleur du genou (lésion du ménisque, tendinite, …) Analyser l'anatomie osseuse (position de la rotule, forme de la trochlée, …). 7) Traitement du syndrome fémoro-patellaire La prise en charge du SFP est principalement conservatrice et repose sur plusieurs axes complémentaires. a) Repos relatif et adaptation des activités Le repos complet est rarement nécessaire. En revanche, il est recommandé d'adapter temporairement les activités physiques pour rester sous le seuil d'apparition de la douleur, permettant ainsi aux tissus de récupérer sans se désadapter. b) Rééducation La kinésithérapie est le traitement de référence. Les programmes efficaces associent généralement : le renforcement du quadriceps : pour optimiser le guidage direct de la rotule. le travail des muscles fessiers et des muscles profonds du tronc : pour contrôler la rotation de la hanche et l'alignement de la jambe. la correction des troubles biomécaniques : correction des mouvements pathologiques lors de la marche, de la course ou des sauts. des exercices fonctionnels progressifs : réintroduction graduée des contraintes spécifiques au sport pratiqué. des étirements musculaires adaptés selon les déficits identifiés (ischio-jambiers, quadriceps, mollets). Cette prise en charge vise à améliorer le contrôle des mouvements et à réduire les contraintes sur l’articulation. c) Orthèses et semelles Dans certaines situations, des dispositifs externes peuvent être prescrits : Les orthèses plantaires (semelles orthopédiques) : pour corriger un pied plat ou une hyperpronation. Le strapping ou le taping rotulien : un bandage qui soutient la rotule et limite ses déplacements anormaux. Ces solutions sont complémentaires à la rééducation, mais ne suffisent pas à elles seules. d) Traitement médicamenteux Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être utilisés sur une courte période (quelques jours) pour calmer une phase de douleur aigüe. Toutefois, ils ne traitent pas la cause du problème et doivent être associés à une rééducation. e) Chirurgie Le recours à la chirurgie est rare et réservé à des situations spécifiques : Instabilité rotulienne sévère (luxations à répétition malgré une bonne rééducation) Échec des traitements conservateurs bien conduits (au moins 6 à 12 mois de rééducation sérieuse). 8) Apport de l’ostéopathie dans la prise en charge du syndrome rotulien. L'ostéopathie peut s'inscrire comme un traitement complémentaire au sein d'une prise en charge pluridisciplinaire. L’objectif est de contribuer à : Améliorer la mobilité articulaire du genou (tibio-fémorale et fémoro-patellaire). Optimiser la mobilité des articulations adjacentes (hanche, bassin, cheville) pour limiter les compensations. Diminuer certaines tensions musculaires péri-rotuliennes (quadriceps, ischio-jambiers, etc.). Faciliter la reprise progressive des activités physiques et sportives. Les techniques utilisées peuvent inclure : des techniques myofasciales (travail sur les tissus mous). des mobilisations articulaires (pour restaurer l’amplitude des mouvements). des techniques de relâchement et d’étirement musculaire. Pour être pleinement efficace, cette approche doit s'intégrer dans un programme de rééducation active et une bonne gestion des charges. 10) Sources de l'article Haute Autorité de santé (HAS) : recommandation de bonne pratique - Mis en ligne en septembre 2024 Syndrome fémoro-patellaire : évaluation et traitement rééducatifs - Note de cadrage VIDAL : Article paru en décembre 2023. Auteur : Isabelle Hoppenot Syndrome fémoropatellaire : fréquent et insuffisamment reconnu. Piriforme : Ressources éducatives en ligne en kinésithérapie / physiothérapie Recommandations sur les facteurs de risque du syndrome fémoro-patellaire Recommandations sur l'évaluation des syndromes fémoro-patellaires Recommandations sur le traitement des syndromes fémoro-patellaires Revue du Podologue : Article paru en novembre 2020. Auteur : Vivien Reynaud chef de clinique - Service de médecine physique et réadaptation, CHU Clermont-Ferrand, Hôpital Gabriel-Montpied Diagnostic du syndrome fémoro-patellaire et examens complémentaires British journal of sports medicine : Article paru en 2018. Auteurs : Natalie J Collins, et al. 2018 Consensus statement on exercise therapy and physical interventions (orthoses, taping and manual therapy) to treat patellofemoral pain: recommendations from the 5th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Gold Coast, Australia, 2017. (Énoncé de consensus sur la thérapie par l'exercice et les interventions physiques (orthèses, taping et thérapie manuelle) pour traiter la douleur patellofémorale : recommandations du 5e Congrès international de recherche sur la douleur patellofémorale, Gold Coast, Australie, 2017). Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy : Article paru en 2019. Auteur : Richard W. Willy., et al. Patellofemoral pain: Clinical practice guidelines linked to the international classification of functioning, disability and health from the Academy of Orthopaedic Physical Therapy of the American Physical Therapy Association. (Douleur patellofémorale : Lignes directrices de pratique clinique liées à la classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé de l'Académie de physiothérapie orthopédique de l'Association américaine de physiothérapie.) International Journal of Environmental Research and Public Health : Article publié en juillet 2022. Auteurs : Pablo Monteiro Pereira., et al. Patellofemoral Pain Syndrome Risk Associated with Squats: A Systematic Review (Risque de syndrome douloureux patellofémoral associé aux squats : une revue systématique). Journal of Orthopaedic Surgery and Research : Article publié en avril 2024. Auteurs : Abdallah Mohamed Kamel., et al. Effect of adding short foot exercise to hip and knee focused exercises in treatment of patients with patellofemoral pain syndrome: a randomized controlled trial. (Effet de l’ajout d’exercices courts pour les pieds aux exercices axés sur les hanches et les genoux dans le traitement des patients atteints de syndrome de douleur patellofémorale : un essai contrôlé randomisé). Journal of Orthopaedic Surgery and Research : Article paru en janvier 2025. Auteurs : Zheyu Xiong., et al. Effects of functional strength training on pain, function, and lower extremity biomechanics in patients with patellofemoral pain syndrome: a randomized clinical trial (Effets de l’entraînement fonctionnel en force sur la douleur, la fonction et la biomécanique des membres inférieurs chez les patients atteints du syndrome de douleur patellofémorale : un essai clinique randomisé).

  • Lombalgie et troubles digestifs : comprendre leur lien pour mieux les traiter

    Source de l'image : EDP Nutrition 1) Lombalgie et troubles digestifs : de quoi parle-t-on ? La lombalgie est une douleur au niveau de la région lombaire de la colonne vertébrale. Selon sa durée, elle est qualifiée d'aiguë ou de chronique (lorsqu'elle persiste au-delà de trois mois). Il s’agit d’un motif de consultation fréquent en médecine générale, le plus souvent d’origine multifactorielle et, dans la majorité des cas, sans certitude sur une cause particulière. On en distingue trois types : La lombalgie mécanique : liée à l'appareil musculo-squelettique. La lombalgie inflammatoire : résultant d'une réaction biologique d'autodéfense du corps. La lombalgie viscéro-référée : une douleur « trompeuse » ressentie dans le dos, mais dont la source réelle est un organe interne (intestin, rein, etc.). Les troubles digestifs fonctionnels (TDF), au premier rang desquels figure le syndrome de l’intestin irritable (SII), se manifestent par des symptômes digestifs chroniques sans lésion organique identifiable. Ils sont aujourd'hui compris comme la conséquence d'une perturbation de l’axe intestin-cerveau qui régule la communication bidirectionnelle entre le système nerveux central et le tube digestif. 2) Lombalgie et troubles digestifs : une coexistence fréquente. Les données statistiques illustrent l'ampleur de ces affections au sein de la population : La lombalgie est très fréquente : elle touche jusqu’à 80 % des individus au cours de leur vie. Parmi eux, environ 8 % développent une forme chronique. Les troubles digestifs fonctionnels concernent près de 10 % de la population mondiale. Plusieurs études scientifiques et observations cliniques mettent en évidence une coexistence fréquente de ces deux troubles. À titre d'exemple, jusqu'à 72 % des patients souffrant du syndrome de l'intestin irritable (SII) présentent également des douleurs lombaires. Cette association, trop fréquente pour relever d’une simple coïncidence, suggère l’existence d’un mécanisme physiopathologique commun impliquant une interaction entre les systèmes nerveux et digestif. Plus largement, les troubles fonctionnels – qu’ils soient digestifs, musculo-squelettiques ou autres – s’associent souvent entre eux et dessinent un tableau clinique global où interagissent des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. 3) Liens anatomiques et mécaniques entre système digestif et colonne lombaire Les organes digestifs sont liés à la colonne lombaire par l’intermédiaire : des fascias (ces membranes de tissu conjonctif qui enveloppent et relient toutes les structures du corps comme une toile continue) : Notamment le fascia thoraco-lombaire et le mésentère, qui agissent comme des courroies de transmission de tension. des attaches ligamentaires des viscères qui s'ancrent directement ou indirectement sur les vertèbres. des structures musculaires : avec une importance capitale accordée au muscle psoas. De ce fait, un trouble fonctionnel digestif peut entraîner une augmentation des tensions fasciales, une modification de la posture, et une hypertonie musculaire. Ces contraintes sont susceptibles de provoquer ou de maintenir une lombalgie. Le rôle clé du muscle psoas Le psoas est un muscle profond et allongé situé dans l’abdomen, de chaque côté de la colonne vertébrale. Il part du bas du dos (au niveau des vertèbres lombaires) et descend jusqu'à la cuisse (au niveau du fémur), en longeant les organes digestifs. Il joue un rôle essentiel dans la flexion de la hanche (lever la cuisse) et dans la stabilité du bas du dos. Sa particularité est d’être très sensible à ce qui se passe dans le ventre. Il peut être perturbé dans plusieurs situations : En cas d’inflammation de la paroi intestinale. Lorsqu’il existe des tensions ou pressions sur les organes digestifs (ballonnements, constipation …). En cas de perturbation du transit (constipation, diarrhée). Dans ces situations, le psoas réagit en se contractant. Cette contraction tire sur les vertèbres, entraîne une sensation de blocage dans le bas du dos et peut, si elle persiste, évoluer vers des douleurs lombaires chroniques. 4) Les mécanismes neurologiques expliquant la douleur lombaire d’origine digestive L’axe intestin-cerveau : une communication bidirectionnelle Le système digestif et le système nerveux central forment une unité fonctionnelle appelée axe intestin-cerveau. Cet axe repose sur l’interaction de trois systèmes : le système nerveux entérique (SNE) qui est le réseau neuronal propre à l’intestin. Il peut fonctionner de manière autonome, sans intervention directe du cerveau pour gérer les fonctions digestives locales notamment la motricité intestinale, les sécrétions digestives et l’absorption des nutriments. Toutefois, cette autonomie est relative. le système nerveux autonome (SNA) joue un rôle de coordinateur entre le système digestif (SNE) et le système nerveux central (SNC). le système nerveux central (SNC) reçoit, analyse et interprète les informations en provenance du SNE et du SNA. En réponse, il module divers processus notamment la motricité intestinale, la perception de la douleur, ou encore les processus inflammatoires. Ainsi, la relation entre le cerveau et l’intestin est réciproque : d'un côté, le cerveau exerce une influence sur les fonctions digestives, de l'autre, l’intestin envoie en retour des signaux qui agissent sur les fonctions cérébrales. La convergence viscéro-somatique et le mécanisme neurologique de la douleur projetée. Source : Fields, référence 17 Il arrive qu'une douleur soit ressentie dans une zone du corps différente de celle qui en est réellement la cause : On parle alors de douleur projetée. Ainsi, une souffrance d'origine digestive peut être perçue non pas dans le ventre, mais dans le bas du dos. Le patient évoque généralement une douleur mal localisée et difficile à décrire précisément. Ce phénomène s'explique par le fait que les nerfs qui transmettent les signaux venant des organes digestifs (dont l’intestin) et ceux qui transmettent les sensations venant des muscles ou de la peau de la région lombaire convergent et empruntent les mêmes voies de transmission dans la moelle épinière. De ce fait, le cerveau peine parfois à distinguer l'origine exacte du signal. Par erreur, il peut interpréter une douleur d’origine viscérale comme une douleur lombaire. Ce phénomène, bien documenté en neurologie est désigné sous le terme de réflexe viscéro-somatique. Le rôle du système nerveux autonome Le système nerveux autonome joue un rôle central dans la régulation des interactions entre l'intestin et la région lombaire. Il se compose de deux branches aux effets souvent opposés : La branche sympathique : Activé en situation de stress ou d'effort, elle ralentit l’activité digestive et redirige le flux sanguin des intestins vers les muscles pour préparer le corps à l’action. Tandis que la branche parasympathique (principalement via le nerf vague) favorise un état de détente, propice à une assimilation optimale des nutriments et à la récupération. Lorsque le système parasympathique n'arrive plus à contrebalancer l'activation du système sympathique (dysrégulation), les conséquences peuvent se manifester de plusieurs façons : apparition de troubles digestifs fonctionnels : L'intestin, moins bien irrigué et stimulé, développe des troubles fonctionnels (ballonnements, ralentissement du transit) augmentation du tonus musculaire dans la région lombaire : Par un mécanisme de réflexe viscéro-somatique, les tensions intestinales provoquent une contracture réflexe des muscles lombaires. et installation progressive d'une chronicité de la douleur. La tension musculaire permanente et l'inflammation digestive s'auto-alimentent. Neuro-inflammation et pérennisation de la douleur Plusieurs études scientifiques mettent en évidence le rôle de l’inflammation du système nerveux (neuro-inflammation) dans l'évolution vers une lombalgie chronique. Deux mécanismes sont particulièrement impliqués : L'activation des cellules gliales (cellules de soutien du système nerveux qui entourent et protègent les neurones) qui amplifient la réponse inflammatoire du système nerveux. La sensibilisation centrale par laquelle le système nerveux devient progressivement hypersensible à la douleur (amplification de la perception de la douleur par le cerveau). Ce même mécanisme est également impliqué dans les troubles digestifs fonctionnels soulignant ainsi le lien qui unit ces deux pathologies. 5) Physiopathologie croisée des lombalgies et des troubles digestifs. La relation entre lombalgie et troubles digestifs ne s’explique pas par une cause unique. Elle résulte d’une interaction complexe entre des facteurs mécaniques (liés aux contraintes physiques, aux postures et aux tensions tissulaires), neurologiques (impliquant la transmission et la modulation de la douleur) et fonctionnels (correspondant au fonctionnement des systèmes, notamment digestif et neurovégétatif). Une approche globale du fonctionnement de l’organisme est essentielle pour comprendre cette interaction. Un cercle de rétroaction bidirectionnel Les recherches actuelles mettent en évidence un dialogue constant entre le système digestif et le système musculo-squelettique (les muscles et le squelette). Leur influence est bidirectionnelle, c’est-à-dire qu’ils s’impactent mutuellement. Lorsqu'un trouble digestif survient, les nerfs des viscères envoient des signaux d'alerte à la moelle épinière. Comme ces signaux passent par les mêmes voies de transmission que ceux du dos, le cerveau peut se tromper et les interpréter comme une douleur venant du dos. À l'inverse, une douleur lombaire entraîne des changements de posture, créé une tension musculaire et génère un stress physique. Ces réponses peuvent activer le système nerveux autonome qui régule les fonctions involontaires comme la digestion, entraînant ainsi des troubles digestifs. Ainsi s’installe un cercle vicieux dans lequel : le trouble digestif peut favoriser ou entretenir une douleur lombaire la lombalgie peut en retour, entretenir ou amplifier le trouble digestif 6) Approche biopsychosociale de la douleur lombaire d’origine digestive. Ce modèle s’inscrit dans une approche biopsychosociale des troubles fonctionnels, dans laquelle plusieurs dimensions interagissent de manière simultanée. On distingue notamment des facteurs : biologiques : inflammation discrète mais persistante, altération du microbiote intestinal neurologiques : dérégulation de l’axe intestin-cerveau, hyperexcitabilité des voies nerveuses qui transmettent la douleur psychologiques : stress, anxiété et troubles émotionnels influençant la perception de la douleur sociaux : conditions de vie et de travail, niveau d’activité physique, environnement familial et social pouvant moduler l’apparition et l’évolution des symptômes Ainsi, lorsque lombalgie et troubles digestifs sont associés, cela ne relève pas d’une simple coïncidence. C’est le signe d’un déséquilibre général du corps, impliquant plusieurs systèmes qui communiquent en permanence entre eux. 7) Place de l’ostéopathie dans la prise en charge des lombalgies d’origine digestive. L’ostéopathie repose sur l’interdépendance des structures corporelles, considérant qu’une dysfonction viscérale peut induire une dysfonction musculo-squelettique. En cas de lombalgie d'origine digestive, ses objectifs sont de restaurer la mobilité viscérale, diminuer les tensions fasciales et améliorer la posture via des techniques manuelles (viscérales, myofasciales et structurelles). Du point de vue clinique, l'ostéopathie permet de réduire les douleurs lombaires d’origine fonctionnelle, de rompre le cercle douleur-stress-dysfonction, d'atténuer les troubles digestifs associés Cependant, les preuves scientifiques de ces bénéfices restent hétérogènes et nécessitent des études complémentaires. 8) Conclusion Le lien entre lombalgie et troubles digestifs repose sur des connexions anatomiques, une convergence neurologique viscéro-somatique et une interaction bidirectionnelle intestin-cerveau. Les symptômes observés ne doivent pas être considérés isolément, mais comme l’expression d’un déséquilibre global. L’ostéopathie, par son approche globale, apparaît pertinente dans la prise en charge de ces patients. Des recherches supplémentaires sont encore nécessaires pour consolider son efficacité. 9) Sources de l'article Ouvrage Principles of Neural Science, Fifth Edition : Auteurs : Eric R. Kandel James H. Schwartz, Thomas M. Jessell, Steven A. Siegelbaum, A.J. Hudspeth Articles Organisation mondiale pour la santé (OMS) : Article paru en juin 2023 Low back pain (Douleurs lombaires) Kenhub (Plateforme d’apprentissage de l’anatomie) : Article paru en aout 2024. Auteur: Karen Smayra. Muscle psoas : Grand psoas National Library of medicine (NIH) - Annals of Gastroenterology : Article paru en juin 2016. Auteurs : Marilia Carabottia, Annunziata Sciroccoa, Maria Antonietta Masellib, Carola Severi The gut-brain axis: interactions between enteric microbiota, central and enteric nervous systems (L’axe intestin-cerveau : interactions entre le microbiote entérique, les systèmes nerveux central et entérique) BMC Complementary Medicine and Therapies : Article paru en février 2026. Auteurs : BRIER Mathis, PHALIP Jules, DELORME Benjamin, SCHWENDENMANN Yves, SALMON Maxime, BICOUT J. Dominique,ROLLAND Christine, et NIZARD Julien. Évaluation de l’impact de la thérapie manuelle dans la prise en charge des lombalgies non spécifiques : revue de la portée des critères utilisés dans les essais cliniques.

  • Le craquement en ostéopathie : réalité scientifique, efficacité et précautions à connaître

    Source de l'image : Magali Panneels, ostéopathe à Namur 1. Le craquement en ostéopathie : dans quelles situations survient-il ? En ostéopathie, le « craquement » que l'on entend parfois résulte d'un processus physique appelé cavitation articulaire. Ce phénomène survient lors de certaines manipulations dites HVBA (Haute Vélocité, Basse Amplitude). Il s'agit d’un son généré au cœur de l'articulation quand un mouvement rapide et précis est réalisé par le praticien. Ce mouvement ne dépasse jamais les limites anatomiques de l’articulation du patient. 2. La cavitation articulaire : explication scientifique du craquement. Le consensus scientifique actuel établit que le « craquement » entendu lors de l’exécution d’une manipulation HVBA résulte de la formation rapide d'une bulle de gaz au sein du liquide synovial. Concrètement, le processus se décompose comme suit : L'impulsion :  Une traction rapide (haute vélocité) et de faible amplitude (basse amplitude) exercée par le praticien écarte brièvement les surfaces articulaires (écartement de quelques millimètres en moins de 150 millisecondes). La dépression :  Cette action entraîne une chute brutale de la pression à l'intérieur de la capsule articulaire. La cavitation : En réaction, les gaz dissous dans le liquide articulaire, essentiellement du dioxyde de carbone (CO₂) se rassemblent pour former une cavité gazeuse. La signature sonore : C'est l'apparition même de cette bulle qui génère le bruit caractéristique que nous percevons. Source : @NewScientist Des études s'appuyant sur l'imagerie par résonance magnétique (IRM) en temps réel, ont confirmé que le son entendu correspond précisément au moment de la formation de la cavité et non à son éclatement. Ainsi, le craquement entendu est un phénomène physique naturel et anodin. Il ne traduit en aucun cas un frottement entre les os ou une ou lésion articulaire. Après la formation de la bulle de gaz, il faut un certain temps (environ 20 minutes) pour que les gaz se redissolvent dans le liquide synovial. C'est pour cela qu'on ne peut effectuer plusieurs craquements à la suite sur la même articulation. 3) Profils des patients et indications thérapeutiques des manipulations HVBA. Les manipulations avec cavitation sont principalement indiquées dans les situations suivantes : Douleurs mécaniques du rachis . Il s'agit de douleurs liées aux mouvements ou aux contraintes physiques, sans cause traumatique majeure ni signe de gravité neurologique. Cela inclut : les cervicalgies ou dorsalgies non graves, par exemple une raideur de la nuque ou du milieu du dos apparaissant spontanément ; les lombalgies comme une douleur au bas du dos survenant après avoir soulevé une charge ou suite à une mauvaise posture prolongée. Limitations de mobilité articulaire , comme lors d' une difficulté à tourner la tête ou d' une incapacité à se pencher en avant normalement. Ces techniques s’adressent surtout à des patients : Jeunes ou adultes Sans pathologie organique grave Présentant un trouble fonctionnel d’origine mécanique.   4) Efficacité des manipulations articulaires avec cavitation. La manipulation articulaire à haute vélocité et faible amplitude (HVBA) vise trois objectifs principaux :   Mécanique : Rétablir l’amplitude des mouvements articulaires ; Antalgique : Atténuer la sensation douloureuse ; Neurophysiologique : Influencer les informations nerveuses à destination du système nerveux central (afférences). L’analyse de la littérature scientifique permet de clarifier le rôle de la cavitation : Une manipulation peut produire un effet bénéfique, que le bruit soit présent ou non. La présence du craquement n’améliore pas l’efficacité de la manipulation ; Autrement dit, le « crac » constitue un effet secondaire du geste, et non un objectif thérapeutique en soi. Concernant les effets cliniques, les données actuelles montrent : Une efficacité modérée et de courte durée dans la prise en charge des lombalgies. Le geste est utile pour briser un cycle douloureux aigu. Aucune supériorité démontrée par rapport aux autres méthodes de soin. Sur le long terme, les résultats sont faibles, voire cliniquement non significatif. En pratique, la réponse au traitement varie d’un patient à l’autre et ne dépend pas de la production d’une cavitation. 5) Pourquoi le "crac" suscite-t-il des inquiétudes ? Le poids des représentations sociales Dans l'imaginaire collectif, ce bruit est souvent, et à tort, associé à : Un déplacement des structures osseuses ; Une remise en place forcée de l’articulation ; Un risque de lésion. Ces croyances, bien que non fondées, restent répandues.   La médiatisation des risques La médiatisation de rares cas d'accidents vasculaires, consécutifs à des manipulations cervicales, a contribué à alimenter la méfiance à l’égard de l'ensemble de cette pratique.   6) Le craquement est-il dangereux ? Les données scientifiques disponibles confirment la sûreté de ces gestes. Elles indiquent que : les complications graves sont très rares le risque existe surtout au niveau cervical et dans ce cas on estime qu’environ un accident grave survient pour plus d’un million de manipulations cervicales. La sécurité repose sur deux piliers : L'expertise du praticien et sa capacité à s'adapter aux caractéristiques anatomiques propres à chaque patient. L'analyse du rapport bénéfice/risque, comme le préconise l'INSERM. Cadre réglementaire : La législation encadrant l’ostéopathie autorise la réalisation de manipulations HVBA au niveau cervical. Toutefois, cette pratique nécessite, une validation préalable par un médecin, généralement formalisée par une attestation de non contre-indication à la manipulation cervicale. 7) Manipulations HVBA : contre-indications Contre-indications absolues (exclusion systématique) : Fractures et traumatismes osseux récents Processus infectieux ou tumoral. Maladies inflammatoires en phase active. Atteintes neurologiques sévères Pathologies vasculaires Contre-indications relatives (vigilance accrue) : Zone cervicale présentant des facteurs de risque vasculaire Douleurs aiguës et intenses Âges extrêmes (enfants de moins de 7 ans, seniors de plus de 80 ans) Situation de fragilité (troisième trimestre de grossesse). 8) Ce qu'il faut retenir du craquement articulaire Le craquement entendu lors des manipulations à haute vélocité et basse amplitude (HVBA) correspond à un phénomène physique lié à des variations de pression dans l’articulation, sans lien direct avec l’efficacité du soin. Bien que souvent impressionnant, c’est un épiphénomène biomécanique qui ne doit être ni recherché systématiquement, ni considéré comme un indicateur de réussite du traitement. La manipulation HVBA est sans danger, à condition d’être réalisé dans un cadre strict et maîtrisé. La pratique contemporaine de l'ostéopathie s’éloigne de la vision centrée sur le bruit pour privilégier : une évaluation clinique globale du patient, une prise en charge individualisée une analyse rigoureuse du rapport bénéfice/risque pour chaque situation. 9) Références de l'article The Journal of Contemporary Chiropractic (JCC)  : article publié en mars 2024. Auteurs : Brogan Williams, Giles Gyer. Spinal manipulation vs spinal mobilization - does the cavitation matter? - a clinical commentary. (Manipulation vertébrale vs mobilisation spinale - la cavitation a-t-elle de l’importance ? - un commentaire clinique). Joint Bone Spine  : article publié en 2018. Auteurs : Christophe Demoulin, Damien Baeri, Geoffrey Toussaint, Barbara Cagnie, Axel Beernaert, Jean-François Kaux, Marc Vanderthommen. Beliefs in the population about cracking sounds produced during spinal manipulation. (Croyances dans la population concernant les bruits de craquement produits lors de la manipulation vertébrale). The International Journal of Sports Physical Therapy  : Article paru en aout 2017 (Volume 12, No 4). Auteurs : James Dunning, Firas Mourad, Andrea Zingoni, Raffaele Iorio, Thomas Perreault, Noah Zacharko, César Fernández de las Peñas, Raymond Butts, Joshua A Cleland Cavitation sounds during cervicothoracic spinal manipulation. (Bruits de cavitation lors de la manipulation cervicothoracique de la colonne vertébrale). PLOS ONE  : Article paru en avril 2015. Auteurs : Gregory N Kawchuk, Jerome Fryer, Jacob L Jaremko, Hongbo Zeng, Lindsay Rowe, Richard Thompson Real-time visualization of joint cavitation. (Visualisation en temps réel de la cavitation articulaire). Archives of Physical Medicine and Rehabilitation  : Article paru en juillet 2003 (Volume 84, No 7). Auteurs : Timothy W Flynn, Julie M Fritz, Robert S Wainner, Julie M Whitman The audible pop is not necessary for successful spinal high-velocity thrust manipulation in individuals with low back pain. (Le pop audible n’est pas nécessaire pour une manipulation réussie de la poussée à haute vitesse de la colonne vertébrale chez les personnes souffrant de douleurs lombaires).

  • Ostéopathie et sports d’hiver

    Ostéopathie et sports d'hiver La période hivernale est l’occasion de partir à la montagne, en station de ski. L’environnement en montagne permet de pratiquer de nombreuses disciplines : ski alpin, ski de fond, luge, ou encore snowboard, raquettes, fatbike, patinage artistique.   Tous ces sports sont exigeants d’un point de vue physique, nécessitant une bonne maitrise de l’équilibre, de la stabilité ainsi que de la force. Les conditions climatiques et la nature accidentée du terrain peuvent également être source de traumatismes. L’ostéopathie peut être un soutien pour ces sportifs (amateurs comme de haut niveau) que ce soit en prévision d’un séjour à la montagne ou à postériori.   Quelles sont les blessures fréquentes en lien avec les sports d’hiver ?   Traumatismes : Entorse, fracture, lors d’une chute ou faux mouvement Tendinopathie   Quelles sont les articulations les plus sollicitées ?   Pour le ski et le snowboard : les genoux. En 2016, 44 % des femmes et 23 % des hommes ont subi une blessure au genou lors d’un séjour au ski. Ensuite et tous sports confondus : les épaules avec pour la même année environ 20 % de blessures, hommes et femmes confondus.   Quand consulter un ostéopathe ?   L'ostéopathe peut intervenir avant ou après un séjour à la montagne en période hivernale, en vous proposant un accompagnement personnalisé, vous donnant des conseils et des exercices à réaliser pour limiter le risque de blessure, améliorer la récupération ou accélérer la cicatrisation en cas de traumatisme.   Avant un séjour au ski : préparation physique   Pour optimiser la mobilité articulaire Pour renforcer le système musculaire et l’équilibre Pour apporter des conseils de préparation    En prévision d’un séjour en station de ski, l’ostéopathe réalisera un bilan permettant de relâcher d’éventuelles tensions musculaires, de redonner de la mobilité à certaines articulations et de corriger certains défauts posturaux pour prévenir l’apparition de douleurs ou de blessure lors du séjour.   Au retour de vacances au ski   Pour soulager et améliorer la cicatrisation après une chute ou une blessure En cas d’apparition d’une douleur, d’une gêne ou d’un blocage articulaire : genou, hanche, épaules, lombaires, etc. Pour mieux récupérer   À la suite de votre séjour à la montagne, votre ostéopathe vous accompagnera pour retrouver une bonne mobilité globale, soulager les éventuelles tensions musculaires et vous donner des conseils pour optimiser votre retour à la vie quotidienne.   Pour aller plus loin   Deux ouvrages sur le thème des sports d’hiver : Mon rêve d’or et de neige de Martin Fourcade Martin Fourcade : Mon rêve d'or Rêves de montagnes de Jon Krakauer   Jon Krakauer : Rêves de montagne

  • Ostéopathie et arthrose

    Ostéopathie et arthrose L’arthrose est la plus fréquente des affections rhumatologiques. C’est un problème majeur de santé qui affecte plus de dix millions de personnes en France.   Qu’est-ce que l’arthrose ? Définition de l’OMS : « L’arthrose est la résultante de phénomènes mécaniques et biologiques qui déstabilisent l’équilibre entre la synthèse et la dégradation du cartilage et de l’os sous-chondral. » L’arthrose se définit comme une affection chronique dégénérative liée à l’usure du cartilage associée à un phénomène inflammatoire entrainant ce que l’on appelle des crises arthrosiques. L’arthrose peut toucher toutes les articulations. L’arthrose est décrite comme une affection d’étiologie multifactorielle (génétique, congénitale, traumatique, environnementale) mais certains facteurs peuvent favoriser son apparition : Obésité / surcharge pondérale Traumatismes, chocs, entorses, fractures Pratique intensive d’une activité sportive sur le long terme Age Pathologies rhumatismales, pathologies de croissance Malformations congénitales   Il existe cinq stades radiographiques d’arthrose Stade 0 : radiographie normale Stade 1 : ostéophyte de signification douteuse Stade 2 : ostéophyte net sans diminution de l’interligne articulaire Stade 3 : ostéophyte net avec diminution de l’interligne articulaire Stade 4 : pincement sévère et sclérose de l’os sous-chondral   Comment savoir si j’ai de l’arthrose si je n’ai pas encore fait de radio ? Quand elle devient symptomatique, l’arthrose entraîne des douleurs de type « raideur articulaire mécanique » (c’est-à-dire lors des mouvements), avec un éventuel épanchement articulaire et des degrés variables d’inflammation locale.   L’arthrose se caractérise également par un dérouillage matinal allant de quinze minutes à plusieurs heures selon les stades. Selon la localisation et le schéma physiologique du patient, la douleur peut survenir ou être aggravée lors de : Montée ou descente d’escalier (genoux, hanche) Marche prolongée (genoux, hanche, lombaires) Port de charges (cervicales, dorsales, lombaires) Maintien prolongé d’une position assise, allongée ou debout L’évolution de l’arthrose est imprévisible ;   les lésions du cartilage ne régressent pas, mais leur progression n’est pas linéaire. L’évolution peut être très rapide et rendre nécessaire la pose d’une prothèse en moins de cinq ans. Cependant, dans d’autres cas, la maladie peut évoluer lentement, sur plusieurs années, sans induire de handicap majeur.   Prévalence de l’arthrose chez les 65-75 ans : Cervicarthrose : 75 % Colonne lombaire : 70 % Main : 60 % Genou : 30 % Hanche : 10 % Cheville : moins de 10 % Que peut apporter l’ostéopathie ?   L’ostéopathe est une médecine manuelle, elle ne permet pas de guérir l’arthrose, mais grâce à un traitement adapté, elle peut réduire l’impact de l’arthrose sur la qualité de vie en accompagnant le patient en dehors de phases de crises inflammatoires :   Diminution des douleurs Amélioration de la mobilité articulaire Prévention de l’aggravation   Dans le cas de l’arthrose, un suivi régulier peut vous permettre de limiter vos douleurs et réduire les raideurs articulaires causées la plupart du temps par le manque de mobilisation de l’articulation.   L’ostéopathe utilise des techniques diverses qui permettent de conserver ou améliorer la mobilité de vos articulations ainsi que de relâcher les tissus alentours.   L’ostéopathe est également en mesure de vous donner des conseils tel que des étirements et exercices de mobilité à mettre en place pour maintenir une bonne mobilité articulaire . « Le mouvement c’est la vie »   En cas d’arthrose, il est vivement recommandé de bouger !   Avant tout, il est essentiel de trouver une activité qui vous plaise et corresponde à vos aspirations. L’essentiel est de bouger de façon régulière. Le ministère de la Santé recommande un minimum de trente minutes d’activité physique par jour.   Voici un exemple de sports recommandés : Marche Vélo Natation Fitness : avec ou sans coach   Yoga Pilates Stretching / gym suédoise Taï-chi-chuan (Taï-chi) Qi-Qong

  • Ostéopathie et syndrome des ovaires polykystiques (SOPK)

    Ostéopathie et syndrome des ovaires polykystique Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), plus récemment appelé hyperandrogénie ovarienne fonctionnelle , est une maladie endocrinienne qui touche 8 à 13 % des femmes en âge de procréer.   Contrairement à ce que l’on pensait lorsque cette maladie a été découverte dans les années 1930, le SOPK ne se traduit pas par la présence de kystes ovariens mais (le plus souvent) par un trop grand nombre de follicules ou une trop grosse taille de ceux-ci.   D’après les recherches scientifiques, l’origine du SOPK serait multifactorielle, avec une prépondérance probable du facteur génétique.   Quels sont les signes cliniques du SOPK ? Ils ont été regroupés sous le titre «  Critères de Rotterdam  » : Hyperandrogénie clinique   Acné Hirsutisme (abondance de poils) Alopécie (chute de cheveux)  Oligo-anovulation ou anovulation Cycles menstruels très longs (plus de 35 jours) avec souvent moins de huit menstruations par an (Oligo ménorrhée) voire absence de règles (aménorrhée)  Infertilité   Aspect morphologique des ovaires à l’échographie L’un des ovaires, ou les deux, présentent des follicules de 2 à 9 millimètres de diamètre ou parfois des kystes   => Cette pathologie provoque très souvent un dérèglement hormonal qui peut se traduire par une hypersécrétion des hormones androgéniques provoquant parfois une hyperprolactinémie ainsi qu’une insulinorésistance, augmentant le risque de diabète. Par ailleurs, 50 à 70 % des femmes atteintes de SOPK sont en surpoids.   Le diagnostic de cette pathologie se fait par la combinaison de critères cliniques : critères de Rotterdam décrits plus haut, associés à un bilan hormonal et sanguin ainsi qu’à une échographie pelvienne.   Le diagnostic est souvent très tardif et survient généralement quand la femme peine à tomber enceinte.   Il n’existe pour l’instant pas de traitement curatif, mais un traitement des symptômes ainsi qu’un traitement hormonal.   Que peut apporter l’ostéopathie dans le suivi de patientes SOPK ?   L'ostéopathie n’est pas en mesure de soigner le SOPK mais elle aide à en soulager les troubles : En travaillant sur la zone pour libérer les tensions En traitant le corps dans sa globalité.   En adaptant sa prise en charge à chaque patient, l’ostéopathe peut travailler sur divers axes : Musculosquelettique pour redonner de la mobilité aux structures de la région lombo-pelvienne (bassin, lombaires, etc.) et diminuer les tensions musculaires associées Viscéral : l’ostéopathe peut travailler sur les attaches osseuses des organes génitaux et digestifs, l’objectif étant de redonner souplesse, élasticité et mobilité via des techniques myofasciales et viscérales Tissulaire : certaines femmes atteintes de SOPK subissent une opération chirurgicale au niveau des ovaires, laquelle peut occasionner des adhérences cicatricielles. L’ostéopathie peut alors (passé un délai d’un mois) aider à relâcher les tissus impactés, en utilisant des techniques dites « tissulaires ».   Enfin, l’ostéopathe peut vous donner des conseils : Pratique d’une activité physique régulière Gestion du stress : méditation ; exercices de relaxation   Un suivi pluridisciplinaire optimise la prise en charge de patientes atteintes de SOPK : Suivi diététique : diététicien ou nutritionniste Suivi gynécologique et ou endocrinologique Suivi par un sophrologue, psychologue ou psychiatre Suivi ostéopathique Pour aller plus loin  Asso'SOPK Asso'SOPK , une association nationale permettant aux patientes de s’informer sur le SOPK Deux ouvrages sur le sujet  : Le monde à l’ovaire, de Capucine Quemin  Le monde à l’ovaire, de Capucine Quemin Troubles hormonaux, reprenez le pouvoir, de Guénaëlle Abéguilé Troubles hormonaux, reprenez le pouvoir , de Guénaëlle Abéguilé

  • Ostéopathie et prothèses

    Prothèse de hanche Avec le vieillissement de la population, de plus en plus de personnes développent de l’arthrose au cours de leur vie (cf article « Ostéopathie et arthrose  » sur le blog). L’évolution de l’arthrose peut être lente ou rapide mais dans certains cas elle conduit à la pose d’une prothèse.   ATTENTION L’ARTHROSE N’EST PAS LA SEULE SOURCE DE POSE D’UNE PROTHÈSE !   Dans certains cas, après un traumatisme violent (accident de la route avec fracture du col fémoral) ou lors d’une infection sévère (nécrose), la pose d’une prothèse peut s’avérer urgente.   Qu’est-ce qu’une prothèse ? Une prothèse est un dispositif artificiel permettant de remplacer un membre ou une articulation. Objectifs de la pose d’une prothèse Restaurer la fonction Restaurer la mobilité articulaire   Types de prothèses : du plus commun au plus rare Hanche  La pose de prothèse de hanche est une opération qui s’est largement répandue depuis le début du XXIe siècle. Selon la SFCOT (Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique), en 2023, en France, 140 000 actes chirurgicaux concernaient la pose d’une prothèse de hanche.     Dans la grande majorité des cas la prothèse est totale (PTH) ce qui signifie que l’on remplace l’articulation usée par  3 pièces synthétiques : la tige fémorale est insérée dans le fémur, le cotyle est fixé sur la partie iliaque de la hanche et enfin, la tête fémorale assure la liaison entre les deux pièces précédentes. Ces pièces sont en céramique ou en métal )   Indications : Coxarthrose Coxarthrose faisant suite à une fracture de la cotyle Ostéonécrose de la tête fémorale Coxopathies destructrices (tumorale, infectieuse ou rhumatismale) Dysplasie coxo-fémorale arthrosique   Les résultats post-chirurgicaux d’une prothèse de hanches sont très bons, 95% des patients récupèrent une bonne mobilité à la suite de l’opération.   Genou  Prothèse totale de genou Indications :   Arthrose primitive Arthrose secondaire (traumatique, métabolique, endocrinien) Plus rarement : autres pathologies rhumatologiques : goutte, chondrocalcinose (CCA) ; pathologies tumorales   Il existe 3 types de prothèse de genou : Totale (PTG) remplaçant les compartiments externe et interne +/- la rotule aussi Prothèse partielle ne remplaçant qu’un seul compartiment (PUC) Prothèse de rotule   En France, environ 40 000 prothèses de genou sont posées chaque année. Des résultats moins bons que la hanche  : 80% des patients présentent une nette amélioration (douleur et mobilité) après une arthroscopie du genou.   Autres types de prothèses  Les arthroplasties les plus fréquentes sont les prothèses de hanche et de genou, mais il est aujourd’hui possible de mettre des prothèses à toute articulation : épaule, cheville, coude, poignet, disque vertébral. Prothèse d'épaule et prothèse de cheville Ostéopathie et prothèses : Quand consulter un ostéopathe ?   => Avant la chirurgie   Pour se préparer à l’opération  Faire un bilan de l’amplitude articulaire préopératoire Relâcher les tensions musculaires Soulager les douleurs articulaires /musculaires => Après la chirurgie Pour soulager les douleurs post-opératoires   Accélérer la récupération Limiter l’apparition de raideur autour de la prothèse en travaillant sur la mobilité articulaire et les tissus cicatriciels Rétablir un équilibre postural Donner des conseils d’étirements et de renforcements pour accompagner la rééducation manuelle avec un kinésithérapeute

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