Ostéopathie et névrome de Morton
- DB RV
- 4 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 déc. 2025

1) Névrome de Morton : définition, fréquence et population à risque.
Le névrome de Morton, également appelé métatarsalgie de Morton, est un syndrome canalaire localisé dans l’avant-pied. Il est lié à la compression d’un nerf interdigital et s'inscrit dans la catégorie des pathologies inflammatoires courantes.
Le syndrome de Morton doit son nom au médecin Thomas G. Morton qui en a réalisé la première description en 1876.
Cette pathologie affecte majoritairement les femmes, qui représentent environ 80 % des cas. L'âge moyen d'apparition des symptômes se situe autour de la cinquantaine.
2) Causes et facteurs de risque du syndrome de Morton.

L’origine exacte du syndrome de Morton demeure incertaine. Il est toutefois établi qu’il résulte de la compression d’un nerf interdigital (ou nerf inter-métatarsien), le plus souvent situé entre le troisième (M3) et le quatrième métatarsien (M4).
Cette compression peut être favorisée par certaines prédispositions anatomiques ou génétiques, notamment :
des déformations des orteils, telles que les orteils en griffe ou en marteau ;
un hallux valgus ou d’autres anomalies morphologiques, comme le pied plat.
D’autres facteurs de risque sont liés au mode de vie ou à l’environnement :
le port régulier d’escarpins ou de chaussures à talons hauts ;
l’utilisation de chaussures trop étroites ou mal adaptées ;
la pratique d’activités sportives sollicitant intensément l’avant-pied (course à pied, danse, ski, escalade, etc.).
Un facteur supplémentaire fait également l’objet d’études : le surpoids, qui pourrait accentuer les contraintes mécaniques exercées sur l’avant-pied.
3) Névrome de Morton : Comment la compression nerveuse abouti à la douleur ?
Dans les trois-quarts des cas, cette inflammation se produit au niveau de l’espace inter métatarsien, entre le 3e et le 4e orteil.
Cette inflammation provoque un épaississement du ligament métacarpien transverse profond et créé une fibrose responsable des symptômes.
C’est un conflit mécanique qui se produit en quatre étapes :
Compression répétée du nerf interdigital plantaire.
Cette compression chronique entraine une dégénérescence périneurale, le nerf se transforme en névrome (épaississement fibreux).
L’accroissement du volume du nerf fait augmenter la pression => cercle vicieux.
Le nerf comprimé transmet des décharges neuropathiques et crée la douleur irradiante au niveau de la zone concernée.
4) Syndrome de Morton : quels signes doivent alerter ?
Le syndrome de Morton peut être bilatéral dans 20 % des cas.
Les manifestations douloureuses (métatarsalgies)
L'affection se traduit par une douleur plantaire (sous le pied), située à l'avant-pied (métatarsalgie), souvent décrite comme :
Intense et nerveuse : Elle prend typiquement la forme de sensations de décharge électrique, de brûlure ou d'un engourdissement (hypoesthésie) localisé à l'avant-pied et dans les orteils adjacents.
Facteurs modulateurs
La douleur présente des caractéristiques fortement influencée par l'activité et le chaussage :
A. Facteurs déclenchants et aggravants
La douleur est exacerbée, voire provoquée, par :
La mise en charge prolongée (rester debout longuement).
La marche ou la course à pied.
Le port de chaussures étroites et/ou de chaussures à talons, qui augmentent la compression nerveuse.
B. Facteurs de soulagement
Le soulagement est obtenu en :
Retirant les chaussures (effet immédiat de décompression).
Effectuant un massage de l'avant-pied.
Évolution
Initialement, la douleur est intermittente (elle apparaît et disparaît). Toutefois, sans traitement, elle peut progresser et devenir :
Nocturne (survenant la nuit).
Précoce (apparaissant dès la simple mise en charge du pied).
5) Diagnostic du névrome de Morton : Examen clinique et imagerie.
Le diagnostic est essentiellement clinique mais se confirmera par des examens complémentaires d’imagerie.
L’examen clinique met en évidence une douleur reproduite à la pression de la tête métatarsienne (appelé le signe du haricot ou signe du Mulder.).

Ensuite la radio du pied peut aider à identifier les facteurs prédisposants (hallux valgus, pied plat) et éliminer d’autres pathologies du pied.
L’échographie permettra de visualiser l’épaississement du nerf plantaire.
6) Traitement du névrome de Morton : Solutions conservatrices et chirurgicales.
Le traitement de première intention est un traitement conservateur.
Dans un premier temps, il sera conseillé de changer de chaussures vers des chaussures plus larges, d’éviter les talons, les semelles rigides et d’utiliser plutôt des chaussures amortissantes et stables.
Une orthèse plantaire peut être proposée pour décharger l’espace inter-métatarsien. Cette orthèse se fait sur mesure avec un podologue et peut être très efficace dans les stades débutants et intermédiaires
Il est également conseillé de réduire la course, la marche prolongée et autres activités prolongées reproduisant la douleur. Une reprise progressive est possible après une période déterminée cliniquement (prise en charge pluridisciplinaire).
La thérapie manuelle, qu’elle soit pratiquée en kinésithérapie ou en ostéopathie contribue également à soulager les symptômes et favoriser la guérison.
Des infiltrations de corticoïdes peuvent être proposées par le médecin en cas de douleur très vive persistante.
La chirurgie du névrome n’est envisagée qu’en dernier recours, six mois à un an après le début du traitement en cas d’échec. Deux techniques possibles :
Neurectomie : ablation du névrome
Décompression par section du ligament transverse profond
7) Ostéopathie et névrome de Morton : Prise en charge complémentaire bénéfique.
L’ostéopathie peut constituer un complément approprié dans la prise en charge du syndrome de Morton en agissant sur les facteurs mécaniques susceptibles d’entretenir la compression du nerf digital plantaire.
Les techniques articulaires et tissulaires permettent d’améliorer la mobilité du pied, du médio-pied, de la cheville, favorisant ainsi une répartition plus homogène des charges sur l’avant-pied. Le travail sur les structures myofasciales et sur les articulations métatarsiennes peut contribuer à réduire les tensions locales et optimiser le fonctionnement des tissus environnants.
L’évaluation et la correction des déséquilibres biomécaniques du membre inférieur – tels que les restrictions au niveau du genou, de la hanche ou du bassin - participent à limiter les contraintes répétées sur l’avant-pied.
Intégrée à une prise en charge pluridisciplinaire incluant l’adaptation du chaussage, les orthèses plantaires et le suivi médical, l’ostéopathie s’inscrit comme une approche complémentaire visant à améliorer le confort du patient et la fonctionnalité du pied.
8) Sources de l'article
Ouvrage
The biomechanics of the foot and ankle de Robert A. Donatelli aux éditions FA Davis : Partie: Mécanique de l’avant-pied.
Articles
Groupe ELSAN
Clinical Radiology Journal : Article publié en mars 2021 - Volume 76, Numéro 3, p235.E15-235.E23. Auteurs : M.S. Mak, R. Chowdhury, R. Johnson
(Névrome de Morton : revue de l'anatomie, du pathomécanisme et de l'imagerie).
National Library of Medicine - American Journal of Roentgenology (AJR) : Article publié en septembre 2000. Volume 175, No3. Auteurs : Jenny Bencardino, Zehava S. Rosenberg, Javier Beltran, Xiang Liu, and Emmanuelle Marty-Delfaut
Morton's Neuroma: Is It Always Symptomatic? (Névrome de Morton : est-il toujours symptomatique ?)
Journal of the American Medical Association (JAMA) : Article publié en décembre 2023. Auteur : Minton Truitt Cooper, MD
ScienceDirect - Le Journal de chirurgie du pied et de la cheville : Article publié en aout 2015. Volume 54, numéro 4, pages 549-553. Auteurs : Devendra Mahadevan FRCS, MRCS Muralidharan Venkatesan, Raj Bhatt FRCR, Maneesh Bhatia FRCS.
ScienceDirect - Le Journal de chirurgie du pied et de la cheville : Article publié en octobre 2020. Volume 26, No 7, pages 736-743. Auteurs Lauren Thomson, Randeep S. Aujla, Pip Divall, Maneesh Bhatia .




