Ostéopathie et dysfonction temporo-mandibulaire.
- DB RV
- 15 janv.
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1. Dysfonction temporo-mandibulaire (DTM) : définition, fréquence et populations concernées.
La dysfonction temporo-mandibulaire (DTM) désigne un ensemble hétérogène de troubles musculo-squelettiques et neuromusculaires affectant les articulations temporo-mandibulaires (ATM), les muscles masticateurs et les structures qui leur sont associées.
Ces troubles se manifestent par des douleurs au niveau du visage ou de la bouche, une limitation ou une asymétrie des mouvements de la mâchoire et/ou par des bruits articulaires, sans qu’une pathologie inflammatoire, infectieuse ou tumorale ne soit identifiée.

Le terme DTM est une appellation générique et ne correspond pas à une pathologie unique. Son origine est encore mal connue.
Les DTM sont fréquentes dans la population générale : environ 30 % de la population mondiale présenterait au moins un signe évocateur de DTM.
La prévalence atteint un pic entre 20 et 40 ans. Chez les enfants et adolescents elle varie davantage - entre 11 et 38 % selon les critères diagnostiques retenus et l’âge étudié.
Les femmes sont généralement plus touchées que les hommes, avec un ratio pouvant atteindre 1,7 pour 1 selon certaines études.
2. Les principales causes des DTM.
L'origine des dysfonctions temporo-mandibulaires (DTM) est multifactorielle et complexe. Elle résulte de l’interaction dynamique entre des facteurs biomécaniques, neuromusculaire, neurophysiologiques et psychosociaux.

D’un point de vue mécanique, on observe des contraintes excessives ou répétées exercées sur l’articulation temporo-mandibulaire et les muscles masticateurs. Ces contraintes, qui peuvent être liées à des parafonctions (comme le bruxisme ou le serrement dentaire), à des microtraumatismes ou à des déséquilibres fonctionnels altèrent la cinématique de la mâchoire et la capacité de tolérance des tissus.
Sur le plan neurophysiologique, des mécanismes de sensibilisation tant au niveau périphérique que central, jouent un rôle majeur dans la persistance des douleurs, expliquant pourquoi l’intensité des symptômes rapportés ne correspond pas toujours à l’ampleur des lésions structurelles observées.
Les facteurs psychosociaux comme le stress, l’anxiété, les troubles du sommeil ou certains traits de personnalité exercent également une influence significative. Ils modulent la perception de la douleur et l’activité musculaire, renforçant ainsi l’expression clinique des DTM.
Enfin, des facteurs individuels tels que le sexe, l’âge, les antécédents traumatiques cervico-crâniens et la capacité d’adaptation du système stomatognathique contribuent à la diversité des tableaux cliniques.
Cette hétérogénéité justifie le recours à une approche diagnostique et thérapeutique globale intégrant les dimensions biologique, psychologique et sociale (approche biopsychosociale).
Anatomie simplifiée de la mâchoire : Comment fonctionne l’articulation temporo-mandibulaire (ATM).
La mandibule, ou mâchoire inférieure, est l’unique os mobile du visage. Elle permet de parler, mâcher et bailler.

Elle s’articule de chaque côté du crâne avec l’os temporal au niveau des articulations temporo-mandibulaire (ATM), situées juste en avant des oreilles. Le fonctionnement de ces articulations repose sur la présence d’un disque souple interposé entre les surfaces osseuses qui facilite les mouvements et absorbe les contraintes mécaniques.
La mandibule est maintenue et mobilisée par plusieurs muscles puissants, notamment ceux qui servent à la mastication, et elle est contrôlée par des nerfs responsables de la sensibilité et du mouvement.
Grâce à cette organisation très précise, la mâchoire peut effectuer une grande variété de mouvements : ouverture, fermeture, avancement et diduction (mouvements latéraux). Cependant, cette sophistication la rend sensible aux tensions, aux déséquilibres musculaires et aux surcharges mécaniques.
4. Comment apparaît la douleur à la mâchoire ? Les mécanismes de la DTM.

Les mécanismes des dysfonctions temporo-mandibulaires correspondent aux processus par lesquels la douleur et les troubles fonctionnels apparaissent et se maintiennent. Ils sont aujourd’hui compris comme multifactoriels et interconnectés, et peuvent être expliqués ainsi :
Mécanisme mécanique articulaire
Des contraintes excessives, répétées ou mal réparties au niveau de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM) peuvent altérer son fonctionnement. Ces contraintes regroupent notamment le serrement dentaire, le bruxisme, les microtraumatismes répétés ou encore des mouvements mandibulaires mal coordonnés. Elles peuvent endommager les structures articulaires — capsule, ligaments et disque — se traduire par des douleurs, des raideurs ou des bruits articulaires (claquements).
Mécanisme musculaire
Une hyperactivité ou un déséquilibre des muscles masticateurs peut être à l’origine de douleurs localisées ou irradiantes. La fatigue musculaire, les contractures et les points douloureux (trigger points) réduisent l’amplitude des mouvements de la mâchoire et entretiennent un cercle vicieux où tension et douleur s’auto-entretiennent.
Mécanisme neurophysiologique
Lorsque la douleur s’installe dans la durée, le système nerveux peut devenir hypersensible. Ce phénomène, appelé sensibilisation périphérique et centrale, fait que des stimulations habituellement indolores sont perçues comme douloureuses. Cela explique pourquoi certaines DTM persistent sans lésion visible et pourquoi la douleur peut s'étendre vers le visage, la tête ou la nuque.
Mécanismes psychosociaux
Le stress, l’anxiété, les troubles du sommeil et la charge émotionnelle influencent directement l’activité musculaire et la façon dont la douleur est perçue. Le serrement inconscient des mâchoires et une attention excessive portée à la douleur contribuent à l’installation et au maintien dans le temps des DTM.
L'interaction des mécanismes et le cercle vicieux de la chronicisation
Ces mécanismes n’agissent pas de manière isolée. Une surcharge mécanique peut déclencher une douleur musculaire, laquelle maintient les muscles sous tension. Ce phénomène rend les nerfs plus sensibles et le stress vient encore amplifier l'ensemble.
Ce cercle vicieux explique la variabilité des symptômes observés d’une personne à l’autre et justifie la nécessité d’une prise en charge pluridisciplinaire.
5. Prise en charge des DTM : étapes du diagnostic au traitement.
La phase diagnostique
Le processus débute par un bilan approfondi, mené par un chirurgien-dentiste, un kinésithérapeute spécialisé ou un ostéopathe. L’objectif est de déterminer l’origine principale du trouble : musculaire, articulaire ou mixte.
Ce bilan comprend :
Une anamnèse : recueil des symptômes (douleurs, craquements, épisodes de blocage) et des antécédents traumatiques.
Un examen clinique : observation des mouvements d’ouverture et de fermeture buccale, recherche de déviations, palpation des structures musculaires et articulaires, ainsi que l’auscultation des bruits articulaires.
L’imagerie médicale : prescrite de manière sélective (IRM, radiographie, CBCT dentaire) lorsqu'une lésion structurelle est suspectée.
Stratégies thérapeutiques : une approche graduelle
Le traitement de première intention consiste en des mesures de base :
Éducation du patient : éviter le serrement des dents, la mastication de chewing-gum, les parafonctions (s'appuyer sur le menton, se ronger les ongles...).
Gestion du stress
Mise au repos de l’articulation temporo-mandibulaire
Adaptation temporaire de l’alimentation vers une texture molle si besoin.
Le traitement de référence est un traitement fonctionnel et manuel réalisé par un kinésithérapeute, un ostéopathe ou les deux en complémentarité. Il vise à agir sur les articulations temporo-mandibulaires, les muscles masticateurs, le rachis cervical ainsi que sur la posture globale. Il est particulièrement indiqué dans les DTM d’origine musculaires ou mixtes.
Les autres options thérapeutiques
La réalisation de gouttières occlusales par un chirurgien-dentiste peut aussi être proposée. Celles-ci ont pour objectif de stabiliser et/ou de détendre l’articulation, de diminuer les contraintes mécaniques, de protéger les dents et de réduire le bruxisme.
En cas de douleurs importantes, un traitement médicamenteux de courte durée, à base d’antalgiques et/ou d’anti-inflammatoires, peut être prescrit par le médecin.
L’approche psycho-comportementale, souvent sous-estimée, constitue également un élément essentiel de la prise en charge. Elle peut inclure des techniques de relaxation, la sophrologie, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou un travail spécifique sur la gestion des parafonctions.
Dans les formes résistantes aux traitements conservateurs, des injections intra-articulaires d’acide hyaluronique ou de corticoïdes peuvent être envisagées, sur prescription d’un médecin spécialiste.
La chirurgie est exceptionnelle dans la prise en charge des DTM et n’est réservée qu’à des situations très particulières, telles que certaines malformations ou déviations majeures.
Le suivi du patient se fait idéalement en coordination étroite entre chirurgien-dentiste, kinésithérapeute et/ou ostéopathe, médecin et psychologue ou psychiatre.
6. L'apport de l'ostéopathie dans le soulagement des douleurs causées par la DTM.
L’ostéopathie occupe une place pertinente dans la prise en charge des troubles temporo-mandibulaires, qu’ils soient d’origine musculaire, posturale ou multifactorielle.
Grâce à une approche globale du patient, l’ostéopathe ne se limite pas à l’analyse des articulations temporo-mandibulaires, mais examine également les structures crâniennes, cervicales, thoraciques ainsi que le système myofascial. Cette évaluation permet d’identifier les zones de tension, de compensation ou de restriction de mobilité susceptibles de maintenir ou d’aggraver les symptômes.
Les techniques manuelles employées visent à améliorer la mobilité articulaire, à diminuer les tensions musculaires, à rééquilibrer les chaînes posturales et à favoriser un meilleur fonctionnement neuro-musculo-squelettique.
Plusieurs études citées dans les sources montrent que la thérapie manuelle, incluant les approches ostéopathiques, peut contribuer à réduire la douleur, améliorer l’ouverture buccale et à restaurer la fonction mandibulaire chez les patients souffrants de DTM, notamment lorsqu’elles s’intègrent dans une prise en charge pluridisciplinaire.
Sources de l'article
Faculté d’Odontologie de Marseille - Aix Marseille Université : Thèse soutenue en octobre 2019 par PAUL Naïs.
Société Française de Stomatologie, Chirurgie Maxillo-Faciale et Chirurgie Orale : Article publié en juillet 2016.
Fondation Mayo pour l’éducation et la recherche médicale (MFMER) - Mayo Clinic Health System : Article publié en décembre 2024.
TMJ disorders (Troubles de l’ATM).
National Library of Medicine – Journal of Clinical Medicine : Article publié en février 2024.Auteurs : Grzegorz Zieliński, Beata Pająk-Zielińska, Michał Ginszt.
(Une méta-analyse de la prévalence mondiale des troubles temporo-mandibulaires).
National Library of Medicine – Polish Journal of Neurology and Neurosurgery (PJNNS) : Article publié en novembre 2022. Auteurs : Krystian Matusz, Zofia Maciejewska-Szaniec, Tomasz Gredes, Małgorzata Pobudek-Radzikowska, Mariusz Glapiński, Natalie Górna, Agnieszka Przystańska.
(Approches thérapeutiques courantes dans le bruxisme du sommeil et de l’éveil — un aperçu).
National Library of Medicine – American Family Physician (AFP) : Article publié en janvier 2023. Auteurs : Eric M Matheson, Joli D Fermo, Russell S Blackwelder.
(Troubles temporo-mandibulaires : revue rapide des preuves).
HAL open scienceUniversité de Reims Champagne-Ardenne : thèse de doctorat en chirurgie dentaire soutenue en avril 2024 par Claire Leducq.
National Library of Medicine – Journal of Clinical Medicine : Article paru en octobre 2023. Auteurs : Andres Herrera-Valencia, Maria Ruiz-Muñoz, Jaime Martin-Martin, Antonio Cuesta-Vargas, Manuel González-Sánchez.
(Efficacité de la thérapie manuelle dans les troubles de l’articulation temporo-mandibulaire et ses effets à moyen et long terme sur la douleur et l’ouverture maximale de la bouche : une revue systématique et une méta-analyse).
Revue Frontiers in Public Health : Article publié en December 2022. Auteurs : Ya-Peng Pei, Han-Chao Li, Jia-Wei Zhong, Xin-Lin Gao, Chu-Qiao Xiao, Yuan Yue, Xin Xiong.
(L’association entre l’utilisation problématique des smartphones et la gravité des troubles temporo-mandibulaires : une étude transversale).
MedlinePlus : Article paru en mars 2024
HAL open science - U.F.R. d’Odontologie Garancière : Thèse de doctorat de Samy Djennaoui soutenu en juillet 2021.






