Troubles de la marche chez l’enfant
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1) Comprendre une étape clé du développement de l'enfant.
L’acquisition de la marche est une étape majeure du développement de l’enfant. Elle marque l’accès à l’autonomie, favorise l’exploration de l’environnement et témoigne de la croissance globale de l’enfant.
Toutefois, certains enfants présentent des particularités dans leur manière de marcher : instabilité posturale, marche asymétrique, marche sur la pointe des pieds ou retard dans l’acquisition de la déambulation.
Ces signes constituent des motifs fréquents de consultation en pédiatrie et en rééducation fonctionnelle.
Cet article propose une synthèse des connaissances scientifiques relatives aux troubles de la marche chez le jeune enfant. Il explore les mécanismes susceptibles d’y contribuer et évalue l’intérêt de l’intervention ostéopathique dans leur prise en charge.
2) Reconnaître un trouble de la marche chez l'enfant : définition et signes d'alerte.
La marche est une acquisition motrice complexe, généralement observée entre 10 et 18 mois. Elle repose sur la coordination et l’intégration harmonieuse des systèmes neurologique, musculaire, articulaire et sensoriel.
Un trouble de la marche est suspecté lorsque l’enfant présente un ou plusieurs des signes suivants :
Un retard significatif dans l’acquisition de la marche
Une asymétrie persistante de la démarche : une différence notable de mouvement ou d'appui entre le côté droit et le côté gauche.
Une démarche atypique : telles que la marche en équin (sur la pointe des pieds), une rotation interne excessive des membres ou une claudication (boiterie).
Un défaut d'équilibre : se manifestant par une instabilité flagrante ou des chutes anormalement fréquentes.
Il est important de différencier ces situations pathologiques des variations normales du développement qui comprennent :
Une marche sur la pointe des pieds, transitoire et sans caractère pathologique
Un genu varum (jambes arquées), physiologique avant l'âge de 2 ans
Un genu valgum (jambes tournées en dedans), habituel autour de 3 à 4 ans.
Une expertise médicale devient nécessaire quand ces manifestations normales perdurent, s'accentuent ou s'accompagnent d'une gêne fonctionnelle.
3) Les mécanismes en jeu lors de la marche
La marche ne repose pas uniquement sur l’action des jambes : elle résulte d’une coordination globale de l’ensemble du corps.

a) Le rôle central du cerveau dans la coordination de la marche
Le cerveau agit comme un chef d’orchestre. Il envoie des messages aux muscles pour coordonner les mouvements et ajuste en permanence la posture, l’équilibre et l’enchaînement des pas.
Toute perturbation de ce système de commande peut se traduire par une marche instable ou maladroite.
b) Équilibre et systèmes sensoriels : des éléments clés de la marche
Pour marcher, l’enfant s’appuie sur plusieurs canaux sensoriels :
La vision : pour anticiper l'espace à parcourir et les obstacles.
Le système vestibulaire, situé dans l'oreille interne : qui renseigne sur la position et les mouvements de la tête pour maintenir l'équilibre.
La proprioception : c'est-à-dire les sensations issues des récepteurs situés dans les pieds, les muscles et les articulations, qui informent le cerveau sur la position du corps dans l'espace.
La synergie de ces informations permet au corps d’ajuster en permanence sa position et ses mouvements. Si l’un de ces systèmes est altéré, la marche devient moins stable et les chutes plus fréquentes.
c) Articulations et muscles : leur influence sur la qualité de la démarche.
Une marche harmonieuse exige une liberté de mouvement totale au niveau du bassin, des hanches, des genoux, des chevilles et du dos.
Lorsqu'une restriction de mobilité survient dans l'une de ces zones, le corps met en place des stratégies de compensation, ce qui peut engendrer une asymétrie et modifier la posture.
À long terme, ces mécanismes compensatoires peuvent altérer la qualité de la marche.
En résumé, la marche chez l'enfant résulte de l'interaction synergique de plusieurs composantes :
Une commande cérébrale précise
Un système d'équilibre et de perception sensorielle efficace
Une musculature adaptée
Des articulations mobiles.
4) Origines des troubles de la marche chez l’enfant
La démarche de l'enfant peut être altérée par des divers facteurs, qu’on regroupe habituellement en trois grandes catégories.
a) Causes neurologiques des troubles de la marche
Certaines atteintes du développement neurologique peuvent modifier le tonus musculaire et la coordination.
Exemple : un enfant grand prématuré peut présenter un tonus musculaire plus faible rendant la marche tardive ou instable ; une paralysie cérébrale peut entrainer une marche sur la pointe des pieds à cause d’une hypertonie musculaire.
Dans ces situations, la prise en charge médicale spécialisée est indispensable.
b) Causes orthopédiques influençant la démarche
Ici, ce sont les anomalies affectant l’intégrité des os, des articulations ou la structure des membres inférieurs qui sont en cause
On peut citer, à titre d’exemples, la dysplasie de la hanche, une inégalité de longueur des membres inférieurs ou encore des pieds très plats.
Ces situations sont le plus souvent évaluées par un pédiatre ou un chirurgien orthopédiste.
c) Troubles fonctionnels de la marche chez l’enfant
Parfois, aucune cause neurologique ni orthopédique n’est observée. On parle alors de troubles fonctionnels de la marche.
Ainsi, un enfant qui tombe fréquemment sans anomalie médicale apparente peut souffrir d’un déséquilibre postural.
De même, un manque de mobilité de la cheville peut forcer le corps à compenser au niveau du genou ou du dos.
Le corps s’adapte, mais les ajustements opérés nuisent à la fluidité et à la qualité du mouvement.
Recommandation
Quel que soit le contexte, un bilan médical est toujours la première étape. Il permet d’écarter l’hypothèse d’une cause organique avant d'orienter l'enfant vers une prise en charge thérapeutique complémentaire (kinésithérapie, ostéopathie…).
5) Ostéopathie et troubles de la marche chez l’enfant : apport et limites.
L’ostéopathie repose sur un principe simple : le corps possède une capacité naturelle d’adaptation et de maintien de son équilibre.
Appliquée à la pédiatrie, cette discipline vise à accompagner le développement de l’enfant en favorisant sa mobilité articulaire et son harmonie posturale.
L’ostéopathe ne pose pas de diagnostic médical, mais procède à une évaluation attentive de:
La mobilité des différentes articulations,
La symétrie du bassin,
La qualité des appuis au sol,
L'harmonie de la posture générale.
Exemples d'interventions sur les troubles fonctionnels
Dans le cadre de troubles fonctionnels - après exclusion de toute cause médicale -l’ostéopathie peut apporter une réponse pertinente dans les situations suivantes :
Chutes fréquentes sans cause médicale identifiée : en agissant sur la mobilité du bassin et des chevilles, l'ostéopathe peut contribuer à améliorer la stabilité posturale et la proprioception de l'enfant.
Marche sur la pointe des pieds sans origine neurologique : certaines tensions musculo-aponévrotiques (notamment au niveau des mollets ou du fascia plantaire) peuvent être traitées par des techniques douces pour faciliter le déroulement du pas.
Fatigabilité à la marche : une amélioration de la mobilité générale permet une meilleure répartition des charges et une marche moins énergivore.
Note sur la pratique : Les manipulations appliquées sur l’enfant sont douces, adaptées à l'âge et à la morphologie de l'enfant, et respectent son rythme et sa réceptivité du moment.
6) Ostéopathie pédiatrique et troubles de la marche chez l'enfant : état des connaissances scientifiques
Les données scientifiques concernant l’ostéopathie pédiatrique demeurent à ce jour limitées et en cours de développement.
Certaines études suggèrent un intérêt de l’ostéopathie dans la prise en charge des troubles musculo-squelettiques fonctionnels. Toutefois, plusieurs points doivent être soulignés :
Le niveau de preuve scientifique actuel reste modéré : les études disponibles présentant souvent des effectifs limités ou des méthodologies hétérogènes.
Des études cliniques à plus grande échelle sont nécessaires pour confirmer ces premières tendances et préciser les indications.
Il est impératif de rappeler que l'ostéopathie ne saurait en aucun cas se substituer à un suivi médical conventionnel.
À cet égard, la Haute Autorité de Santé (HAS) souligne l’importance d’une prise en charge pluridisciplinaire dès qu’un trouble du développement moteur est suspecté.
Dans cette optique, l'ostéopathie doit être envisagée comme un outil thérapeutique complémentaire, intégré à un parcours de soins global, au même titre que la kinésithérapie ou le suivi pédiatrique.
7) Développement de la marche chez l'enfant : quand solliciter un professionnel ?
Il est conseillé de consulter un médecin ou un ostéopathe quand on observe l'une des situations suivantes :
L’enfant ne marche toujours pas après 18 mois.
Il perd des acquisitions motrices déjà maîtrisées.
Sa démarche présente une nette asymétrie.
Il manifeste une douleur en marchant.
Les chutes demeurent très fréquentes après l’âge de 3 ans.
Un retard global du développement est observé (langage, motricité fine, coordination…).
8) Aider l’enfant à mieux marcher : l’efficacité d’une prise en charge conjointe entre pédiatre et ostéopathe
Les troubles de la marche chez l’enfant sont courants et le plus souvent sans gravité, mais ils doivent toujours faire l’objet d’une évaluation attentive.
La marche est une fonction complexe qui sollicite à la fois le cerveau, l'équilibre, la force musculaire et la mobilité des articulations.
L’ostéopathie peut compléter la prise en charge médicale de certains troubles fonctionnels en favorisant sur la mobilité et l’équilibre postural.
Cette approche coordonnée, progressive et rassurante permet d’accompagner l’enfant vers une marche plus stable et harmonieuse.
9) Sources de l'article
Haute Autorité de Santé : Recommandation de bonne pratique - Mis à jour le 19 mars 2020.
Revue médicale « American Family Physician » : Article publié en juillet 2017. Auteurs : Caitlyn M. Rerucha, MD; Caleb Dickison, DO ; Drew C. Baird, MD
(Anomalies des membres inférieurs chez l'enfant)
Société Francophone d’Etudes et de Recherche sur les Handicaps de l’Enfance (SFERHE) :
HAL open science - Université de Picardie Jules Verne faculté de médecine d’Amiens : Thèse de Olivier Carnel soutenue en juin 2015.
Collège de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique : Présentation du Dr Anne-Laure Simon (Hôpital Robert Debré Paris).



