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Bonnes et mauvaises postures : idées reçues et réalité scientifique

  • il y a 3 heures
  • 11 min de lecture
Postures humaines

1) Le mythe de la posture idéale universelle.

Pendant des décennies, le monde de la santé et le grand public ont partagé la conviction qu’il existerait une « bonne posture», une sorte de norme de l'alignement corporel. Selon cette vision traditionnelle, pour éviter les douleurs musculo-squelettiques il faudrait se tenir droit, éviter de croiser les jambes, ne pas se voûter ou encore adopter des positions de sommeil spécifiques.

Les données scientifiques récentes invitent à nuancer cette conception. La posture joue effectivement un rôle dans notre santé musculo-squelettique, mais son influence serait plus subtile qu'une simple question de géométrie.

En fait, le corps humain n’est pas conçu pour le maintien prolongé d’une posture unique, même considérée comme optimale, mais pour bouger, s’adapter aux contraintes de son environnement et à la variabilité des appuis du corps.

Comprendre ce qu'est la posture et comment elle s'inscrit dans nos activités quotidiennes et professionnelles permet d’adopter une approche plus efficace et moins culpabilisante pour prévenir et soigner les douleurs musculo-squelettiques.


2) Qu'est-ce que la posture ? Présentation d’un processus dynamique et adaptatif.


Les acteurs de la posture

La posture correspond à la manière dont les différentes parties du corps (tête, tronc, membres) s'organisent dans l'espace à un instant donné. Loin d'être passive, elle est un acte précision qui répond à trois objectifs :

  • Maintenir l'équilibre face à la gravité.

  • Assurer la stabilité des articulations.

  • Permettre de réaliser efficacement les activités du quotidien, qu'il s'agisse de marcher, travailler, porter une charge ou simplement rester debout.


Elle est le résultat d’un processus dynamique d'adaptation, au cours duquel l'organisme ajuste continuellement la position des différents segments corporels en fonction des besoins et des contraintes rencontrées.

Cet ajustement permanent repose sur l'interaction constante entre plusieurs systèmes du corps.

  • Le squelette, les muscles et les articulations qui fournissent la structure et la force

  • Le cerveau et la moelle épinière qui orchestrent les ajustements

  • Les yeux qui fournissent des informations sur notre position dans l'environnement

  • L'oreille interne qui détecte les mouvements et l'orientation de la tête

  • Les capteurs situés dans nos muscles et nos articulations (la proprioception) qui renseignent en permanence le cerveau sur la position de chaque membre.


Pour une même personne, la posture est également influencée par d’autres facteurs tels que le niveau de fatigue, l'état émotionnel, l'âge et les capacités physiques du moment, le niveau d'activité physique, l'environnement autour de soi ou encore la tâche réalisée.


3) Bonne ou mauvaise posture ? Pourquoi cette opposition est dépassée ?

Pendant des décennies, certaines caractéristiques posturales ont été considérées comme des causes directes de douleurs musculo-squelettiques.

Ainsi, il était fréquemment avancé que :

  • Un creux trop marqué dans le bas du dos (hyperlordose) favoriserait des lombalgies.

  • Des épaules enroulées vers l'avant seraient responsables de douleurs cervicales,

  • Une scoliose même légère entraînerait des douleurs chroniques.

Les types de posture debout
Source : Isabelle Carfantan kinésithérapeute à Nantes

Les études menées ces vingt dernières années remettent en question ces affirmations. Les liens observés entre posture et douleur sont souvent faibles, voire inexistants et ne permettent généralement pas d'expliquer à eux seuls l'apparition d'un symptôme douloureux.

Les recherches menées notamment par Peter O'Sullivan, Lorimer Moseley, Kieran O'Sullivan et d'autres spécialistes de la douleur et du mouvement ont mis en évidence plusieurs constats importants :

  • De nombreuses personnes vivent sans aucune douleur malgré une posture jugée « mauvaise » selon les anciens critères.

  • à l'inverse, des personnes souffrant de douleurs chroniques affichent parfois une posture jugée « parfaite ».

  • Ce qui semble le plus important pour la santé, ce n’est pas tant la posture en elle-même, mais la capacité à varier ses positions.


C’est pourquoi un consensus scientifique émerge aujourd'hui autour d’une phrase simple :

« La meilleure posture est souvent la prochaine posture. »


Autrement dit, le corps tolère généralement très bien une grande variété de position, même imparfaites. Ce qu’il supporte mal, en revanche, c’est de rester trop longtemps dans la même position, même si celle-ci est, sur le papier, considérée comme idéale.


Ainsi, le problème n'est pas la position dans laquelle une personne se trouve, mais plutôt le temps passé dans cette position, le contexte dans lequel elle est maintenue et la capacité individuelle à s'y adapter.


4) Posture et troubles musculo-squelettiques : une relation moins directe qu’on ne le pense.


Les troubles musculo-squelettiques

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) regroupent un ensemble d'affections touchant les structures impliquées dans le mouvement et le maintien du corps :

  • Les muscles,

  • Les tendons,

  • Les ligaments,

  • Les articulations,

  • les nerfs périphériques.

Ils constituent aujourd'hui la première cause de maladie professionnelle dans de nombreux pays.

Parmi les TMS les plus fréquemment rencontrés figurent notamment :


  • les lombalgies (douleurs du bas du dos)

  • les cervicalgies (douleurs du cou)

  • les tendinopathies

  • le syndrome du canal carpien

  • certaines douleurs de l'épaule.

Les TMS les plus frequents
Source : Ronan Auger Ostéopathe à Biarritz

Pendant longtemps, la posture a été présentée comme un facteur majeur, voire comme la cause principale de ces troubles.

Aujourd'hui la recherche médicale a montré que ces affections sont multifactorielles, c’est-à-dire liés à plusieurs éléments qui interagissent entre eux.

Parmi les facteurs pouvant influencer leur développement figurent notamment :

  • Les contraintes mécaniques exercées sur les tissus : la posture en fait partie, mais elle s'accompagne de la répétition des gestes et de l'intensité des efforts.

  • L'hygiène de vie : le niveau d'activité physique (sédentarité ou sur-sollicitation), la qualité du sommeil et certains facteurs métaboliques (comme le diabète)

  • Les facteurs psychologiques et sociaux : le stress au travail ou dans la vie privée peuvent également avoir un impact.

  • L'histoire personnelle : les antécédents médicaux et la sensibilité individuelle à la douleur.

En clair, la posture n’est qu'un facteur parmi d'autres.

Cette évolution des connaissances est bénéfique car elle permet de déculpabiliser le patient qui pourrait penser souffrir uniquement parce qu’il se tient mal.


5) Posture au travail : pourquoi bouger régulièrement est plus important que la position ?

Les postures au travail

Le milieu professionnel est l’un des contextes où la question de la posture revient le plus souvent. Entre les salariés de bureau, condamnés à passer des heures assis sur une chaise, et les travailleurs manuels, soumis à des gestes répétitifs et des positions contraignantes, la question revient sans cesse : quelle est la bonne posture pour travailler ?

Aujourd'hui, l’objectif n’est plus de trouver une position “parfaite” à tenir toute la journée, mais de réduire ce qui fatigue le corps.Les recommandations privilégient plutôt :

  • La mobilité régulière : se lever, s’étirer, marcher quelques minutes.

  • L’alternance des positions : passer de la station assise à la station debout, varier les appuis le plus souvent possible.

  • L’adaptation du poste de travail à la morphologie et aux besoins de la personne (hauteur d’écran, siège, plan de travail).

  • La limitation des contraintes excessives.


Ainsi, il est possible d’adopter occasionnellement une position avachie sans risque particulier. En revanche, rester plusieurs heures sans bouger, quelle que soit la position adoptée, finit par provoquer inconfort et fatigue musculaire. Les études montrent que les micro-pauses régulières (toutes les 30 à 45 minutes) et les changements réguliers de position sont plus utiles que la recherche permanente d’une posture idéale.


6) Quelle est la meilleure position pour dormir ? Ce que dit la science du sommeil.

Facteurs de qualité du sommeil

Le sommeil est un autre domaine où les idées reçues sur la posture sont nombreuses. A ce jour, aucune position de sommeil (sur le dos, le côté droit ou le ventre) n'a prouvé sa supériorité sur les autres pour l'ensemble de la population.

Ce qui détermine la qualité du sommeil c'est un ensemble de facteurs plus importants que la position du corps dans le lit :

  • Le niveau de confort ressenti : la position qui permet de bien dormir.

  • La qualité du matelas et de l’oreiller : ils doivent être adaptés à la morphologie, aux besoins et soutenir le corps sans créer de tensions.

  • L’état de santé général : certaines douleurs (lombalgies, hernies discales) peuvent rendre une position plus adaptée qu’une autre.

  • La durée du sommeil : un sommeil suffisant est essentiel, quelle que soit la position.


La nature fait d'ailleurs très bien les choses : un être humain change spontanément de position plusieurs dizaines de fois par nuit. Cette mobilité nocturne inconsciente n'est pas un trouble. C’est un mécanisme de protection du corps qui permet de répartir les pressions mécaniques et d'éviter les points de compression prolongés.


La meilleure posture pour dormir

est celle qui permet de s’endormir rapidement et de se réveiller en forme.


7) Les postures de détente et de relaxation : faut-il éviter certaines positions ?

Les positions adoptées pendant les moments de repos sont très variables. S’allonger sur un canapé, s’asseoir en tailleur, croiser les jambes ou se recroqueviller dans un fauteuil sont souvent perçus comme de mauvaises habitudes.

Pourtant, aucune donnée scientifique solide ne montre que ces positions, lorsqu'elles sont prises ponctuellement, soient nocives pour des tissus sains.

L'objectif n'est pas de s'interdire le confort d'un moment de relâchement, mais de préserver sa capacité à bouger et à varier ses positions au fil de la journée. C’est d’ailleurs ce que fait naturellement le système nerveux qui choisit spontanément les positions qui réduisent les tensions à un instant donné.


8) Ergonomie moderne : adapter l’environnement plutôt que corriger la posture.


L’ergonomie moderne consiste à adapter le travail et l’environnement (outils, mobilier, organisation) aux capacités humaines. Ce n’est pas seulement une histoire de posture. Elle prend en compte :

  • Les contraintes physiques : forces, gestes, positions, durée d'immobilité.

  • Les contraintes cognitives : charge mentale, concentration, complexité des tâches.

  • Les contraintes organisationnelles : organisation des tâches, rythmes, pauses, horaires.

  • Les facteurs psychosociaux : stress, relations avec les collègues, pression, autonomie.


Concernant la posture, elle poursuit trois objectifs :

  • Limiter les contraintes excessives : éviter les postures extrêmes ou les efforts répétitifs intenses.

  • Favoriser les mouvements : encourager les changements de position et les micro-pauses.

  • Permettre des ajustements individuels : chaque salarié doit pouvoir adapter son poste à sa morphologie et à ses besoins.

Ergonomie du poste de travail

Les exemples suivants s’inscrivent dans cette philosophie.

  • Bureau assis-debout permet d’alterner les postures.

  • Siège adaptable soutient le dos sans imposer une position figée.

  • Poste modulable (écran à hauteur des yeux, clavier et souris bien placés) réduit les tensions inutiles.


Cependant, le meilleur outil ergonomique reste la possibilité de bouger.


9) Intérêt de l’ostéopathie dans la prise en charge des troubles liés à la posture.

L'ostéopathie tient une place de choix dans cette vision moderne de la santé. Le rôle de l’ostéopathe ne se limite pas à une simple «remise en place» des vertèbres ou des articulations. Son objectif n’est pas de «corriger» une posture jugée «mauvaise», mais de :

  • Comprendre les contraintes subies par le corps (efforts répétés, traumatismes, positions de travail, stress).

  • Repérer les zones qui ont perdu leur souplesse fonctionnelle (raideurs, blocages, tensions).

  • Améliorer la mobilité pour permettre au corps de s’adapter plus facilement.

  • Accompagner le patient vers une meilleure capacité d’adaptation à son environnement.


Les techniques ostéopathiques peuvent contribuer à :

  • Diminuer certaines douleurs musculo-squelettiques (lombalgies, cervicalgies, etc.).

  • Améliorer le confort fonctionnel au quotidien (mouvements plus fluides, moins de raideurs).

  • Restaurer la mobilité articulaire là où elle est limitée (ex. : après une entorse ou une mauvaise posture prolongée).

  • Favoriser la reprise du mouvement en levant les obstacles physiques ou nerveux.


Enfin, une part essentielle de la consultation repose sur l'éducation du patient en matière thérapeutique. Expliquer les mécanismes de la douleur, remettre en question les croyances erronées sur la posture et encourager le mouvement sont des éléments de la prise en charge qui participent activement à l'amélioration de l'état clinique.


10) Posture : quand ostéopathe, kinésithérapeute et podologue collaborent.


La posture est le résultat d'une intégration permanente par le cerveau de messages envoyés par une multitude d’acteurs qui interagissent entre eux : muscles, articulations, système nerveux, vision… C’est pourquoi sa prise en charge gagne souvent à faire appel à différents professionnels de santé, chacun apportant son expertise spécifique.


Voici quelques collaborations particulièrement pertinentes :


Le podologue :

Les informations provenant de la plante des pieds jouent un rôle clé dans le contrôle de l’équilibre et l’adoption de certaines stratégies posturales. Le podologue intervient lorsque l'analyse du pied, de la marche ou des appuis plantaires révèle une anomalie qui pourrait influencer l'ensemble de la chaîne posturale.


Le posturologue :

Le posturologue est un spécialiste des différents capteurs impliqués dans le maintien de l’équilibre. Il s'intéresse à quatre grands systèmes :

  • Le système visuel : les yeux fournissent des repères sur la position de la tête dans l'espace.

  • Le système vestibulaire : situé dans l'oreille interne, il détecte les mouvements et les accélérations de la tête.

  • Le système podal : la façon dont le pied répartit le poids au sol.

  • la proprioception : les capteurs situés dans les muscles et les articulations renseignent le cerveau sur la position de chaque segment du corps.

Son expertise peut compléter l’évaluation globale quand un trouble de l’équilibre ou des adaptations posturales complexes sont suspectés.


Le kinésithérapeute :

Le kinésithérapeute est un acteur clé dans la rééducation active. Il intervient sur trois axes principaux :

  • Le renforcement musculaire : restaurer la force là où elle fait défaut.

  • La rééducation fonctionnelle : réapprendre au corps des mouvements devenus douloureux ou inefficaces.

  • L’exposition progressive au mouvement : remettre en confiance un patient qui a peur de bouger.

Cette collaboration est particulièrement précieuse pour les patients atteints de douleurs chroniques, où la dimension mécanique et psychologique doit être prise en compte.


Le chirurgien-Dentiste

Les mâchoires sont étroitement liées à la posture de la tête et du cou. Les dysfonctions temporo-mandibulaires (DTM), qui se manifestent par des douleurs de mâchoire, des craquements ou des limitations d'ouverture buccale, peuvent parfois s'accompagner de tensions dans le cou ou les épaules et de modifications posturales. Dans ces cas, la collaboration entre l'ostéopathe et le dentiste permet de traiter simultanément les deux niveaux du problème.


11) Conclusion : privilégier le mouvement plutôt que l'alignement parfait.

Le message central de cet article tient en une phrase : la vision traditionnelle qui opposait une « bonne posture » à une « mauvaise posture » est aujourd'hui dépassée.


Les données scientifiques récentes montrent que la posture humaine est un phénomène dynamique et complexe. Elle varie d'un individu à l'autre, d'un moment à l'autre, et dépend de nombreux facteurs (biologiques, environnementaux, psychologiques).


Aucune posture n’a démontré sa capacité à prévenir les douleurs musculo-squelettiques. L’enjeu n’est donc pas de rechercher un alignement corporel parfait, mais de conserver une capacité d’adaptation à son environnement, de mouvement et de variabilité posturale.


Dans ce contexte, l’ostéopathie trouve sa place au côté d’autres professionnels de santé (podologues, kinésithérapeutes, dentistes, etc.) dans une approche centrée sur l'éducation du patient, le mouvement et l'amélioration des capacités fonctionnelles.


12) Sources de l'article

Ouvrage

  • Editions Elsevier : Auteurs Gilles Péninou et Patrick Colné.

La posture debout: Biomécanique fonctionnelle, de l'analyse au diagnostic.

La posture debout

Articles

  • Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) - Santé et sécurité au travail : Article mis à jour en mars 2025.

    Troubles musculosquelettiques (TMS)

  • Public Library of Science (PLOS ONE) : article paru en septembre 2023. Auteurs : Florian Abu Bakar et coll.

(Tous les mouvements ne sont pas égaux : Différences de variabilité du comportement moteur du tronc entre les personnes souffrant ou non de lombalgie – Une revue systématique avec synthèse descriptive).

  • Public Library of Science (PLOS ONE) : article paru en juin 2023. Auteurs : Amal M. Alsubaie et coll.

(La variabilité des mouvements est-elle altérée chez les personnes souffrant de lombalgie chronique non spécifique ? Une revue systématique)

  • BioMed Central (BMC) Public Health : Article paru en août 2023. Auteurs : Mohammad Salsali  et coll.

(Association entre l'activité physique et la posture corporelle : revue systématique et méta-analyse).

  • Neuroscience and Biobehavioral Reviews : Article publié en mai 2016. Auteurs : N. König et coll.

(Révéler la qualité du mouvement : une méta-analyse visant à quantifier les seuils de variabilité pathologique en position debout et en marche)

  • Disability and Rehabilitation : Article paru en avril 2025. Auteurs : Thavapriya Sugavanam et coll.

(Asymétrie posturale dans les lombalgies : revue systématique et méta-analyse d’études observationnelles).

  • Journal of Clinical Medicine (J Clin Med) : Article paru en août 2021. Auteur : Eveline Van Looveren et coll.

(Association entre le sommeil et les douleurs rachidiennes chroniques : une revue systématique de la dernière décennie).

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