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Ostéopathie et syndrome fémoro-patellaire

  • il y a 12 heures
  • 10 min de lecture
Syndrome rotulien
Source : La clinique Physiothérapie Centre du Québec

1) Qu’est-ce que le syndrome fémoro-patellaire (SFP) ou syndrome rotulien ?

 

Le syndrome fémoro-patellaire aussi appelé syndrome rotulien, est une cause fréquente de douleur à l’avant du genou (appelée gonalgie antérieure). Il est particulièrement répandu chez les sportifs, notamment les coureurs et les cyclistes, ainsi que chez les adolescents actifs. Il peut toutefois aussi concerner des personnes sédentaires.

Autrefois considéré comme un problème purement mécanique, il est aujourd’hui reconnu comme une affection multifactorielle, c’est-à-dire qu’il résulte de l’association de plusieurs facteurs :

  • biomécaniques (alignement et mouvement des membres),

  • musculaires (force et souplesse des muscles entourant le genou)

  • fonctionnels (manière dont le corps coordonne ses mouvements lors des activités quotidiennes ou sportives).

Concrètement, le SFP se manifeste par des douleurs autour ou en arrière de la rotule (patella). Cette douleur apparaît quand l’articulation entre la rotule et le fémur (l’os de la cuisse) est trop sollicitée ou ne fonctionne pas de façon optimale dans certaines activités.

Il ne s’agit pas d’une lésion anatomique spécifique (comme une fissure ou une cassure), mais plutôt d'un ensemble de symptômes et de signes cliniques regroupés sous une même appellation.

 

2) Syndrome fémoro-patellaire : fréquence, population à risque et chiffres clés.

 

Le syndrome fémoro-patellaire est l’une des causes les plus fréquentes de douleurs au genou chez les personnes de moins de 50 ans. Il est particulièrement observé :

  • Chez les adolescents et les jeunes adultes (en pleine croissance ou très actifs).

  • Chez les sportifs exposés à des impacts ou des mouvements de flexion-extension répétés du genou (course à pied, saut, cyclisme, etc.).

  • Chez les femmes probablement pour des raisons anatomiques et biomécaniques. Leur bassin plus large modifie l'angle entre le fémur et le tibia, ce qui déporte la rotule vers l'extérieur ; de plus, leur rotule est naturellement plus mobile, donc moins stable.


Sur le plan statistique, le SFP touche environ 23 % de la population adulte générale.

Ce chiffre grimpe jusqu'à 29 % chez les jeunes pratiquant une activité sportive régulière.


3) Anatomie et fonctionnement de l’articulation fémoro-patellaire : rôle de la rotule.

Anatomie du genou
Anatomie du genou

Le genou est une articulation complexe qui assure la jonction entre :

  • le fémur (os de la cuisse, en haut),

  • le tibia (os de la jambe, en bas)

  • et la rotule ou patella (petit os en forme de triangle à l’avant du genou).

 

La rotule agit comme un relais mécanique du muscle quadriceps (situé à l’avant de la cuisse) qui permet d’étendre la jambe. Elle est un peu comme une poulie qui permet au quadriceps d'avoir une plus grande force.

 

L’articulation fémoro-patellaire correspond à la zone de contact entre :

  • La face arrière (postérieure) de la rotule (celle qui "regarde" vers le fémur), qui est recouverte de cartilage.

  • La trochlée fémorale, une gouttière osseuse située à l'extrémité inférieure du fémur, conçue pour accueillir la rotule.

 

Un système de glissement précis

Lors des mouvements de flexion et d’extension du genou, la rotule coulisse dans la trochlée fémorale selon une trajectoire précise. Pour que ce mouvement soit fluide et stable, plusieurs éléments doivent fonctionner de manière coordonnée :

  • les muscles de la cuisse, notamment le quadriceps,

  • les muscles fessiers, qui participent au contrôle de l’alignement de la jambe,

  • les structures ligamentaires et les tissus de soutien autour du genou, stabilisateurs passifs,

  • et, plus globalement, la biomécanique du membre inférieur (la façon dont hanche, genou, cheville et pied travaillent ensemble).

 

Que se passe-t-il en cas de déséquilibre ?

Lorsqu'un déséquilibre musculaire survient (muscles trop faibles ou trop tendus) ou qu'un défaut d’alignement modifie la trajectoire de la rotule, la répartition des pressions est altérée. Cela engendre une augmentation anormale des contraintes mécaniques sur certaines parties du cartilage rotulien, qui peut provoquer :

  • des douleurs (souvent ressenties autour ou derrière la rotule),

  • une réaction inflammatoire,

  • voire, à long terme, une usure du cartilage (arthrose).

 

4) Syndrome rotulien : quels sont les symptômes ?


Symptômes du syndrome fémoro patellaire

Le principal symptôme est une douleur à l’avant du genou, autour ou derrière la rotule.

Cette douleur se manifeste principalement lors d'activités de la vie quotidienne ou sportive qui augmentent la pression entre la rotule et le fémur. Les patients rapportent des douleurs dans les situations suivantes :

  • La montée ou la descente des escaliers : la douleur est souvent plus intense à la descente.

  • La course à pied ou la pratique de sports impliquant des sauts (basketball, volley,...) : en raison de la répétition des impacts et des cycles de flexion-extension.

  • Les flexions profondes du genou : lors de la réalisation de squats ou du maintien d'une position accroupie.

  • La position assise prolongée genoux fléchis (au cinéma, en voiture,…) : la douleur apparaît au moment de tendre la jambe pour se lever.

  • La pratique d'activités sportives avec mouvement répétitifs de flexion-extension (cyclisme).


En l’absence de prise en charge thérapeutique adaptée, l'affection peut s’aggraver avec le temps et devenir chronique.


5) Syndrome fémoro-patellaire : les causes et facteurs favorisants

 

Le SFP est une pathologie multifactorielle. Dans la majorité des cas, il résulte de l’association de contraintes mécaniques, de déséquilibres musculaires et de particularités anatomiques.


Causes et facteurs favorisant du syndrome fémoro-patellaire

 

a) Sursollicitation mécanique

C'est fréquemment le cas chez les sportifs lorsque le genou est soumis à des contraintes trop importantes ou répétées, notamment lors de la course à pied, des sauts répétés ou du cyclisme intensif. Le syndrome apparaît souvent après une augmentation trop rapide de la charge d’entraînement (intensité, volume, fréquence).

 

b) Déséquilibres et déficits musculaires

Le contrôle dynamique de la trajectoire de la rotule dépend directement de la fonction musculaire :

  • Une faiblesse du quadriceps : en particulier du muscle vaste médial oblique par rapport au vaste latéral, compromet le guidage de la rotule dans sa gorge osseuse.

  • Un manque de tonicité des muscles fessiers (moyen fessier en particulier) altère le contrôle du membre inférieur. Si les fessiers ne travaillent pas assez, le genou peut tourner vers l’intérieur (rotation interne) lors de la course, augmentant les contraintes sur la rotule.

 

c) Facteurs biomécaniques

Certaines anomalies de posture ou de mouvement favorisent le syndrome :

  • L'hyperpronation du pied : l'affaissement de la voûte plantaire vers l'intérieur en marchant ou en courant induit une rotation compensatrice de toute la jambe.

  • Le genou en X (genu valgum) : les genoux se rapprochent l’un de l’autre.

  • La rotation interne excessive du fémur au niveau de la hanche : la cuisse tourne trop vers l’intérieur.

  • Un mauvais alignement de la rotule : elle n’est pas bien centrée dans sa gorge (glissement latéral).

  • Une raideur des muscles ischio-jambiers (arrière de la cuisse) ou du quadriceps augmente la force de placage de la rotule contre le fémur.

 

Ces déséquilibres modifient la trajectoire de la rotule et majorent les pressions sur le cartilage.

 

d) Facteurs anatomiques

Certaines particularités de la structure osseuse peuvent favoriser des problèmes de rotule, notamment :

  • Une dysplasie de la trochlée : la trochlée fémorale où glisse la rotule est trop plate ou mal formée et n'assure plus un guidage optimal.

  • Une rotule positionnée trop haut (patella alta) : la rotule est positionnée plus haut que la normale, ce qui retarde son engagement dans la trochlée lors de la flexion.

  • Une instabilité rotulienne : la rotule a tendance à se décaler lors des mouvements.

  • Un antécédent de luxation de la rotule : un épisode de déboîtement de la rotule augmente le risque de récidive et de syndrome fémoro-patellaire.


Chez un même patient, on trouve souvent plusieurs de ces facteurs.

 

6) Diagnostic du syndrome fémoro-patellaire. Examen clinique et imagerie du genou.

 

>> Le diagnostic repose essentiellement sur un interrogatoire et un examen physique menés par un professionnel de santé. Ceux-ci permettent d’identifier :

  • Où se situe la douleur (autour ou derrière la rotule, par exemple).

  • Dans quelles situations elle apparaît (effort, position prolongée, gestes spécifiques).

  • Les éventuelles limitations de mouvement du genou (difficulté à plier ou étendre le genou).

  • Les déséquilibres musculaires ou posturaux (force du quadriceps, faiblesse des fessiers, genou en X, …).


>> Pour affiner son diagnostic, le praticien réalise également quelques tests simples spécifiques :

  • Le Grinding Test (ou test du « rabot ») : Consiste à mobiliser manuellement la rotule afin d'évaluer la qualité du glissement articulaire. Si un craquement ou une friction est perçu, on parle de "signe du rabot". C'est un indicateur en faveur d'un SFP.

  • La recherche du signe du glaçon : Ce test cherche à détecter un épanchement de liquide (synovie) à l'intérieur du genou. Dans le cadre d'une suspicion de SFP, ce test a une valeur d'exclusion. Le SFP étant généralement pathologie principalement mécanique sans gonflement majeur, un signe du glaçon positif oriente vers une autre pathologie (lésion méniscale, arthrose) ou vers une complication inflammatoire aiguë.


Pour compléter ces investigations, d'autres tests peuvent être réalisés :

  • Le test de smillie (test d'appréhension) : Le praticien applique une pression latérale sur la rotule pour simuler un début de déboîtement. Si le patient contracte par réflexe son quadriceps ou manifeste une appréhension par peur que sa rotule ne se décale, le test est considéré comme positif, ce qui est fréquent en cas d'instabilité associée au SFP.

  • Le test de zohlen : consiste à freiner la montée de la rotule pendant que le patient contracte son quadriceps. S'il déclenche la douleur familière du patient, il constitue un indice supplémentaire.

 

Ces tests cliniques, bien qu'utiles, ne suffisent pas à eux seuls au diagnostic.

Test du rabot. Source : Institut de Thérapie Manuelle et Physiothérapie (ITMP).
Signe du glaçon. Source : Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ)
Test de smilie. Source : Piriforme(Ressources éducatives en ligne en kinésithérapie)
Test de zohlen. Source : Source : Institut de Thérapie Manuelle et Physiothérapie.


>> Des examens d’imagerie (radiographie, échographie, IRM) peuvent parfois être prescrits, principalement pour :

  • Éliminer d’autres causes de douleur du genou (lésion du ménisque, tendinite, …)

  • Analyser l'anatomie osseuse (position de la rotule, forme de la trochlée, …).

 

7) Traitement du syndrome fémoro-patellaire

 

La prise en charge du SFP est principalement conservatrice et repose sur plusieurs axes complémentaires.

 

a) Repos relatif et adaptation des activités

Le repos complet est rarement nécessaire. En revanche, il est recommandé d'adapter temporairement les activités physiques pour rester sous le seuil d'apparition de la douleur, permettant ainsi aux tissus de récupérer sans se désadapter.

 

b) Rééducation

La kinésithérapie est le traitement de référence. Les programmes efficaces associent généralement :

  • le renforcement du quadriceps : pour optimiser le guidage direct de la rotule.

  • le travail des muscles fessiers et des muscles profonds du tronc : pour contrôler la rotation de la hanche et l'alignement de la jambe.

  • la correction des troubles biomécaniques : correction des mouvements pathologiques lors de la marche, de la course ou des sauts.

  • des exercices fonctionnels progressifs : réintroduction graduée des contraintes spécifiques au sport pratiqué.

  • des étirements musculaires adaptés selon les déficits identifiés (ischio-jambiers, quadriceps, mollets).

Cette prise en charge vise à améliorer le contrôle des mouvements et à réduire les contraintes sur l’articulation.

 

c) Orthèses et semelles

Dans certaines situations, des dispositifs externes peuvent être prescrits :

  • Les orthèses plantaires (semelles orthopédiques) : pour corriger un pied plat ou une hyperpronation.

  • Le strapping ou le taping rotulien : un bandage qui soutient la rotule et limite ses déplacements anormaux.

Ces solutions sont complémentaires à la rééducation, mais ne suffisent pas à elles seules.


d) Traitement médicamenteux

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être utilisés sur une courte période (quelques jours) pour calmer une phase de douleur aigüe. Toutefois, ils ne traitent pas la cause du problème et doivent être associés à une rééducation. 


e) Chirurgie

Le recours à la chirurgie est rare et réservé à des situations spécifiques :

  • Instabilité rotulienne sévère (luxations à répétition malgré une bonne rééducation)

  • Échec des traitements conservateurs bien conduits (au moins 6 à 12 mois de rééducation sérieuse).

 

8) Apport de l’ostéopathie dans la prise en charge du syndrome rotulien.

 

L'ostéopathie peut s'inscrire comme un traitement complémentaire au sein d'une prise en charge pluridisciplinaire.

L’objectif est de contribuer à :

  • Améliorer la mobilité articulaire du genou (tibio-fémorale et fémoro-patellaire).

  • Optimiser la mobilité des articulations adjacentes (hanche, bassin, cheville) pour limiter les compensations.

  • Diminuer certaines tensions musculaires péri-rotuliennes (quadriceps, ischio-jambiers, etc.).

  • Faciliter la reprise progressive des activités physiques et sportives.

Les techniques utilisées peuvent inclure :

  • des techniques myofasciales (travail sur les tissus mous).

  • des mobilisations articulaires (pour restaurer l’amplitude des mouvements).

  • des techniques de relâchement et d’étirement musculaire.

Pour être pleinement efficace, cette approche doit s'intégrer dans un programme de rééducation active et une bonne gestion des charges.

 


10) Sources de l'article

  • Haute Autorité de santé (HAS) : recommandation de bonne pratique - Mis en ligne en septembre 2024

  • VIDAL : Article paru en décembre 2023. Auteur : Isabelle Hoppenot

  • British journal of sports medicine : Article paru en 2018. Auteurs : Natalie J Collins, et al.

(Énoncé de consensus sur la thérapie par l'exercice et les interventions physiques (orthèses, taping et thérapie manuelle) pour traiter la douleur patellofémorale : recommandations du 5e Congrès international de recherche sur la douleur patellofémorale, Gold Coast, Australie, 2017).

  • Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy : Article paru en 2019. Auteur : Richard W. Willy., et al.

(Douleur patellofémorale : Lignes directrices de pratique clinique liées à la classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé de l'Académie de physiothérapie orthopédique de l'Association américaine de physiothérapie.)

  • International Journal of Environmental Research and Public Health : Article publié en juillet 2022. Auteurs : Pablo Monteiro Pereira., et al.

(Risque de syndrome douloureux patellofémoral associé aux squats : une revue systématique).

  • Journal of Orthopaedic Surgery and Research :  Article publié en avril 2024. Auteurs : Abdallah Mohamed Kamel., et al.

(Effet de l’ajout d’exercices courts pour les pieds aux exercices axés sur les hanches et les genoux dans le traitement des patients atteints de syndrome de douleur patellofémorale : un essai contrôlé randomisé).

  • Journal of Orthopaedic Surgery and Research : Article paru en janvier 2025. Auteurs : Zheyu Xiong., et al.

(Effets de l’entraînement fonctionnel en force sur la douleur, la fonction et la biomécanique des membres inférieurs chez les patients atteints du syndrome de douleur patellofémorale : un essai clinique randomisé).


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