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La course à pied abime-t-elle les genoux ?

  • il y a 5 jours
  • 10 min de lecture
Course à pieds

Analyse scientifique, biomécanique, 

et approche ostéopathique


1. Course à pied et arthrose du genou : Idées reçues vs données scientifiques.

 

La course à pied est l’une des activités physiques les plus pratiquées au monde en raison de son accessibilité, de ses bénéfices cardiovasculaires et de sa simplicité de mise en œuvre.

Malgré ces avantages reconnus, une croyance tenace persiste : courir serait néfaste pour les genoux et favoriserait le développement de l’arthrose.  

Cette croyance repose principalement sur l’hypothèse selon laquelle les impacts répétés lors de la course entraineraient, à long terme, une usure progressive du cartilage articulaire.


Les travaux scientifiques sur le sujet menés au cours des dernières décennies nuancent fortement cette hypothèse. Plusieurs études montrent que la course à pied pratiquée de manière récréative n’augmente pas le risque de développer une arthrose du genou et pourrait même exercer un effet protecteur sur la santé articulaire du genou.


L’objectif de cet article est d’analyser cette question à la lumière des connaissances actuelles en physiologie, en biomécanique et en ostéopathie. Nous aborderons notamment :

  • La physiologie et la biomécanique du genou pendant la course à pied.

  • Les résultats des études scientifiques sur le lien entre course à pied et arthrose.

  • Le rôle clé du renforcement musculaire dans la prévention des blessures.

  • L’intérêt de l’approche ostéopathique dans la prise en charge du coureur.


  1. Anatomie fonctionnelle du genou lors de la course à pied.


A) Une architecture articulaire sophistiquée

Les trois articulations du genou
Source : Institut Audomarois de Chirurgie Orthopédique et du Sport

Le genou est une articulation synoviale complexe formée de trois articulations :

  • L’articulation fémoro-tibiale médiale (entre le fémur et le tibia, côté interne)

  • L’articulation fémoro-tibiale latérale (entre le fémur et le tibia, côté externe)

  • L’articulation fémoro-patellaire (entre le fémur et la rotule).

 

Ses principaux constituants sont :

  • Les surfaces cartilagineuses recouvrant le fémur, le tibia et la patella (rotule)

  • Les ménisques (interne et externe)

  • Le complexe ligamentaire : incluant

    • les ligaments croisés : antérieur (LCA ) et postérieur (LCP)

    • les ligaments latéraux : latéral externe (LLE) et latéral interne (LLI).

  • La capsule articulaire qui enveloppe l'ensemble


Le cartilage articulaire mérite une attention particulière. C’est un tissu spécialisé composé de chondrocytes baignant dans une matrice extracellulaire riche en collagène et en protéoglycanes.

Sa fonction est double :

  • répartir harmonieusement les contraintes mécaniques au sein de l’articulation

  • et réduire les frottements entre les surfaces osseuses.

Sa particularité biologique réside dans son absence de vascularisation directe. Il ne peut se nourrir que par un processus de diffusion, activé par les phases alternées de compression et de décompression que génère le mouvement.


B- Contraintes biomécaniques pendant la course


Déroulé du pas en course à pied
Déroulé du pas en course à pied

Lors de la course à pied, à chaque impact, les forces exercées sur le genou peuvent atteindre deux à trois fois le poids du corps. Une charge qui varie selon la technique de course et la vitesse de déplacement.

 

Le déroulé du pas, et plus précisément la phase d'appui, comporte trois moments clés :

  • Le contact initial : le pied se pose au sol tandis que la jambe libre effectue un mouvement talon‑fesse.

  • L’absorption de l’impact : le corps amortit le choc grâce à l’action coordonnée des articulations du pied, du genou et de la hanche, ainsi que des muscles associés. La jambe libre passe de l’arrière vers l’avant.

  • La propulsion permettant la progression : l’impulsion se fait généralement sur le gros orteil ; le mouvement talon‑fesse se transforme en lever de genou.

  • La suspension : aucune jambe n’est en contact avec le sol et la jambe libre redescend pour préparer le prochain contact au sol.


Dans ce processus, plusieurs structures anatomiques participent à l’absorption et à la répartition des contraintes mécaniques :

  • Les muscles quadriceps, ischio-jambiers, triceps sural : ils contrôlent le mouvement du genou et absorbent une partie des impacts.

  • Les tendons : qui emmagasinent l'énergie à l'impact pour la restituer lors de la propulsion.

  • Les ménisques : répartiteurs de charge qui augmentent la surface de contact entre le fémur et le tibia et uniformisent les pressions sur l'articulation.

  • Le cartilage : surface de glissement qui protège les surfaces osseuses. Il agit comme un coussinet déformable absorbant les chocs.

 

Un aspect méconnu : le stress bénéfique 

Il faut dépasser la vision uniquement négative de ces contraintes. Loin de n'être qu'agressives, elles jouent un rôle dans l’adaptation biologique des tissus.

En effet, selon un processus appelé mécanotransduction, l'os et le cartilage, soumis à des contraintes mesurées, répondent positivement en stimulant :

  • la synthèse de collagène

  • l’augmentation de la densité osseuse

  • l’activité métabolique du cartilage.


  1. La course à pied favorise-t-elle l’arthrose du genou ?

 

A)   L'arthrose : une pathologie aux causes multiples

L’arthrose est une affection dégénérative de l’articulation qui se manifeste par trois phénomènes majeurs :

  • Une dégradation progressive du cartilage articulaire

  • Une modification de l'os situé sous le cartilage (os sous-chondral)

  • Une inflammation chronique au sein de l’articulation.

 

 Plusieurs facteurs peuvent favoriser son apparition, notamment :

  • L’âge (usure naturelle)

  • Le surpoids (qui augmente les contraintes mécaniques)

  • Les traumatismes articulaires (entorses, fractures)

  • Certaines anomalies biomécaniques (mauvais alignement des membres inférieurs, déséquilibres musculaires)

  • La prédisposition génétique.


B)   Ce que révèlent les études scientifiques


La question des liens entre l’activité physique, en particulier la course à pied, et le développement de l’arthrose fait l’objet de débats scientifiques depuis de nombreuses années. Les données scientifiques contemporaines bousculent les idées reçues.


  • Une étude menée dans le cadre de "l’Osteoarthritis Initiative" portant sur 2637 participants a montré que la pratique de la course à pied récréative n’était pas associée à une augmentation du risque d’arthrose symptomatique du genou (source).

  • Une méta-analyse ayant compilé les données de plus de 125 000 individus a révélé des taux de présence d’arthrose variables selon le niveau de pratique :

    • 3,5 % de cas chez les coureurs de loisir

    • 10,2 % de cas chez les personnes sédentaires

    • 13,3 % de cas chez les coureurs professionnels

Ces résultats suggèrent qu'une pratique modérée et régulière de la course à pied pourrait avoir un effet protecteur sur l’articulation du genou tandis que la sédentarité ou la sursollicitation augmentent les risques. (source)

  • Une revue systématique récente aboutit à des conclusions similaires : non seulement la course à pied n'aggrave pas les signes d’arthrose visibles à la radiographie, mais elle pourrait même contribuer à atténuer les douleurs articulaires. (source)

 

C)   La résilience du cartilage face à l'effort

 

Grâce à l'imagerie par résonance magnétique (IRM), les chercheurs ont pu observer le comportement du cartilage en temps réel : Immédiatement après l’effort de course à pied, le cartilage subit une compression transitoire, avec une diminution de volume de 3 à 4%. Mais ce phénomène est réversible. En l'espace de 48 heures, le cartilage retrouve son aspect initial.

Ces observations indiquent que le cartilage n'est pas une structure inerte, mais un tissu doté d'une importante capacité d'adaptation face aux contraintes mécaniques. (source)


  1. Les blessures les plus courantes chez le pratiquant de la course à pied


Si la course à pied n'est pas la cause directe de l'arthrose, elle n'en demeure pas moins une activité exigeante associée à certaines pathologies spécifiques. Les blessures fréquemment rencontrées chez le coureur comprennent :

  • Le syndrome fémoro-patellaire qui se manifeste par une douleur autour ou sous la rotule.

  • Le syndrome de la bandelette ilio-tibiale, plus connu sous le nom de « syndrome de l'essuie-glace », caractérisé par une douleur sur le côté externe du genou

  • La tendinopathie rotulienne : une inflammation du tendon situé sous la rotule.

  • Les syndromes de surcharge, liés à une sollicitation excessive des structures articulaires : l’effort dépasse la capacité de récupération du corps.

 

L'origine de ces blessures est généralement attribuable à trois facteurs principaux :

  •  Une augmentation trop rapide du volume ou de l’intensité de l’entraînement, ne laissant pas le temps aux tissus de s'adapter

  • Des déséquilibres musculaires (faiblesse ou raideur localisée) affectant la répartition harmonieuse des contraintes

  • Des anomalies ou altérations biomécaniques du membre inférieur (mauvaise posture, appui déséquilibré) perturbant le déroulé optimal du mouvement.


En résumé : Les blessures de course à pied sont majoritairement des blessures de surutilisation, c'est-à-dire liées à une répétition excessive de contraintes plutôt qu'à un traumatisme unique.

 

  1. Le renforcement musculaire : le bouclier du coureur


Le renforcement musculaire joue un rôle central dans la prévention des blessures chez le coureur. Il assure une stabilisation dynamique, réduit les contraintes articulaires et affine le contrôle neuromusculaire.

 

A)  La stabilisation du genou : une affaire de coordination musculaire

 

muscles stabilisateurs du genou

 

Plusieurs groupes musculaires sont impliqués dans la stabilité de l'articulation du genou :

  • Les quadriceps, à l'avant de la cuisse (droit fémoral, vaste médial, vaste latéral et vaste intermédiaire)

  • Les ischio-jambiers, à l'arrière de la cuisse (biceps fémoral, semi-membraneux, semi-tendineux)

  • Le muscle poplité

  • Les muscles de la patte d'oie (sartorius, gracile, semi-tendineux)

  • Le triceps sural, muscle du mollet (gastrocnémien médial, gastrocnémien latéral, soléaire)

  • Les muscles fessiers notamment le moyen fessier

  • Le tenseur du Fascia Lata (TFL) via la bandelette ilio-tibiale.

 

L’action coordonnée de ces muscles remplit trois fonctions essentielles :

  • Assurer la stabilisation dynamique du genou pendant la course

  • Réduire les contraintes exercées sur les structures articulaires en absorbant une partie des chocs.

  • Affiner le contrôle neuromusculaire lors de la course, c'est-à-dire la précision avec laquelle le système nerveux commande la contraction musculaire.

 

a)  Le quadriceps gardien de la rotule

Le quadriceps joue un rôle majeur dans le maintien d'une position correcte de la rotule et le bon fonctionnement de l’articulation fémoro-patellaire.  Plus précisément, c'est l'un de ses chefs musculaires, le vaste médial (situé sur la partie interne de la cuisse), qui assure cette fonction stabilisatrice.

Un affaiblissement du vaste médial (partie interne du quadriceps) peut favoriser l'apparition de deux pathologies fréquentes :

  • Le syndrome fémoro-patellaire (douleur à l’avant du genou)

  • L’apparition de douleurs localisées sur la face antérieure du genou

Dans ce contexte, le renforcement excentrique du quadriceps (c'est-à-dire son renforcement en phase d'allongement sous tension) est particulièrement intéressant pour améliorer la capacité du muscle à absorber les chocs lors de la réception au sol.

 

b)  La hanche, tour de contrôle du genou

Valgus dynamique
Source : NeuroXtrain

On l'oublie souvent, mais la santé du genou dépend de la force de la hanche. La faiblesse des muscles fessiers, et plus particulièrement du moyen fessier, est fréquemment incriminée dans la survenue des blessures lors de la course à pied.

Ce déficit musculaire peut entraîner trois conséquences biomécaniques néfastes :

  • Un affaissement du bassin du côté opposé à la jambe d'appui (chute du bassin)

  • Un rapprochement du genou vers l'intérieur lors de la phase d'appui (valgus dynamique)

  • Une augmentation des contraintes exercées sur l’articulation fémoro-patellaire

Le renforcement des abducteurs de hanche (muscle qui éloigne un membre de l'axe du corps) contribue donc à améliorer l’alignement du membre inférieur et à réduire les contraintes exercées sur le genou.

 

6. L’ostéopathie au service du coureur

  

L’ostéopathie peut jouer un rôle bénéfique dans la prévention et la prise en charge des douleurs du genou chez le coureur. Elle s’appuie sur une approche fonctionnelle globale du corps, considérant que les différentes structures musculosquelettiques sont interdépendantes : Une douleur du genou peut ainsi être favorisée par des dysfonctions situées à distance, notamment au niveau :

  • Du pied ou de la cheville (raideurs, pronation excessive)

  • Du bassin (blocages, déséquilibres posturaux)

  • De la colonne vertébrale (restrictions lombaires ou sacrées)

Une limitation de mobilité dans l’une de ces zones peut modifier la biomécanique de course et augmenter les contraintes appliquées sur le genou.

 

A)   Dysfonctions fréquemment observées chez le coureur

 

Chez les coureurs, certaines altérations fonctionnelles sont régulièrement rencontrées, telles que :

  • Une limitation de la mobilité de la cheville, entravant le déroulé du pas

  • Une hypomobilité du bassin, altérant l’équilibre du bassin et des membres inférieurs

  • Des déséquilibres myofasciaux (tensions anormales dans les chaînes musculaires)

  • Des restrictions de la chaîne musculaire postérieure (ischio-jambiers, fascias lombaires), perturbant la fluidité du mouvement.

Ces dysfonctionnements peuvent perturber l’efficacité mécanique du mouvement et exposer le genou à des contraintes excessives ou mal orientées.

 

B)   Objectifs et modalités du traitement ostéopathique


Le travail ostéopathique poursuit quatre objectifs complémentaires :

  • Améliorer la mobilité articulaire des zones restrictives (cheville, bassin, colonne)

  • Réduire les tensions musculaires et fasciales

  • Optimiser la biomécanique globale du corps en mouvement

  • Favoriser les processus naturels de récupération après l’effort.


Pour y parvenir, le praticien utilise différentes techniques :

  • Techniques myofasciales : travail sur les tensions des tissus conjonctifs

  • Techniques articulaires : mobilisations douces pour restaurer l’amplitude des articulations

  • Techniques fonctionnelles : correction des déséquilibres par des mouvements physiologiques.

 

7.  Conclusion


La course à pied est une activité bénéfique pourvu qu'elle soit pratiquée avec progressivité, associée à un travail de préparation physique adapté au coureur et lorsque nécessaire, accompagnée d'un regard ostéopathique attentif. Idéalement l’ostéopathie s’inscrit dans une stratégie pluridisciplinaire, incluant :

  • Une adaptation raisonnée des charges d'entraînement (progression, récupération) ;

  • Un renforcement musculaire ciblé (hanche, quadriceps, tronc) ;

  • Une amélioration de la technique de course (foulée, appuis).


8. Sources de l'article

  • National Library of Medicine - The Orthopaedic Journal of Sports Medicine : article publié en mars 2023. Auteurs : Jaydeep Dhillon, Matthew J Kraeutler, John W Belk, Anthony J Scillia, Eric C McCarty, Jeremy K Ansah-Twum, Patrick C McCulloch

(Effets de la course à pied sur le développement de l’arthrose du genou : une revue systématique mise à jour lors d’un suivi à court terme)

  • Houston Methodist - Orthopedics & Sports Medicine : Article paru en septembre 2023. Auteur : Eden McCleskey

(Arthrose du genou et course à pied : y a-t-il un lien ou ce sport a-t-il mauvaise réputation ?)

  • American college of Rheumatology : Article paru en février 2017. Auteurs : Grace H Lo, Jeffrey B Driban, Andrea M Kriska, Timothy E McAlindon, Richard B Souza, Nancy J Petersen, Kristi L Storti, Charles B Eaton, Marc C Hochberg, Rebecca D Jackson, C Kent Kwoh, Michael C Nevitt, Maria E Suarez-Almazor

(Existe-t-il un lien entre des antécédents de course et une arthrose symptomatique du genou ? Une étude transversale de l’Initiative pour l’arthrose)

  • Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy (JOSPT) :  Article paru en juin 2017. Auteurs : Eduard Alentorn-Geli, Kristian Samuelsson, Volker Musahl, Cynthia L Green, Mohit Bhandari, Jón Karlsson

(L’association de la course récréative et compétitive avec l’arthrose de la hanche et du genou : une revue systématique et une méta-analyse)

  • Osteoarthritis and Cartilage : Article paru en février 2023 (Volume 31, No 2). Auteurs : S.L. Coburn, K.M. Crossley,, J.L. Kemp, S.J. Warden, T.J. West, A.M. Bruder, B.F. Mentiplay, A.G. Culvenor.

(Courir est-il bon ou mauvais pour vos genoux ? Une revue systématique et une méta-analyse de la morphologie du cartilage et des changements de composition dans les articulations tibiofémorales et patellofémorales).

  • Clinical Journal of Sport Medicine : Article publié en 2002. Auteurs : Michael Fredericson and Christopher M. Powers

(Prise en charge pratique du syndrome douloureux fémoro-patellaire)

  • Sports Med : Article publié en janvier 2022. Auteurs : Michaela C. M. Khan, James O’Donovan, Jesse M. Charlton, Jean-Sébastien Roy, Michael A. Hunt & Jean-François Esculier

(L’influence du running sur le cartilage des membres inférieurs : une revue systématique et une méta-analyse)

  • MD Edge : Article publié en février 2023. Auteur Bianca Nogrady

(La course ne cause pas de dommages durables au cartilage)

  • Top Forme : Auteur : Blaise Dubois physiothérapeute, fondateur de La Clinique du coureur

Le syndrome fémoro-patellaire Article paru en 2021

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